«Il faut manipuler les radios devant les personnes pour leur expliquer comment elles fonctionnent. » Christophe Louis, directeur des Enfants du canal, briefe deux bénévoles avant leur maraude. Car en plus de leur mission habituelle de suivi des SDF, ce soir, ils leur glisseront une petite radio équipée d'une dynamo et d'un mini-panneau solaire.

Un lien avec le monde


« Chaque année, pour Noël, on distribue un repas festif aux sans-abri, explique Christophe Louis. Cette année, on voulait faire plus et, d'après un sondage sur le terrain, la radio est un objet utile qui permet aux SDF de rester reliés au monde. » Entre vendredi et lundi, l'association distribuera 1 000 postes dans Paris. Sur le chemin d'Alésia (14e), son « secteur », Hugo, l'un des bénévoles, est plein d'appréhension. « D'habitude, on est plutôt dans le lien, les attentes sont différentes. Je me demande comment ils vont réagir à la distribution. » Premier arrêt près d'une bouche d'air chaud, où vit un groupe d'hommes polonais. « Comment ça va ce soir ? » Après quelques minutes de conversation, les maraudeurs sortent la radio. « C'est pas pour moi, ça, s'exclame François. Si ? » Lui s'intéresse plutôt à la musique et jure qu'il va brancher son cadeau sur Radio Nostalgie. « Les chansons de ma jeunesse, ce n'est pas du boum boum. » Un peu plus loin, Oskar et Ievgueni dorment dans leurs tentes installées sous une tonnelle. « La dynamo, c'est très bien car je n'ai pas toujours l'argent pour acheter des piles », avoue Oskar. Près de la gare Montparnasse, les bénévoles abordent un homme qu'ils ne connaissent pas, installé sous des arcades. Ils lui parlent du Busabri, centre d'accueil original géré par les Enfants du canal dans le 14e. En recevant sa radio, l'homme a les larmes aux yeux. « Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas pu écouter le sport, dit-il. Ça fait six mois qu'on me demande de venir au centre d'hébergement, eh bien là, je crois que je vais passer. » ■

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