Nice: Pour avoir aidé des migrants, Pierre-Alain Mannoni condamné à deux mois de prison avec sursis

JUSTICE L’enseignant-chercheur avait transporté trois Erythréennes entre la vallée de la Roya et Nice…

Mathilde Frénois

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Pierre-Alain Mannoni

Pierre-Alain Mannoni — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

  • L’avocate de Pierre-Alain Mannoni annonce se pourvoir en cassation.
  • En première instance au tribunal correctionnel de Nice, il avait été relaxé.

Il avait aidé trois migrantes. Pierre-Alain Mannoni, enseignant et chercheur au CNRS, a été condamné ce lundi après-midi à deux mois de prison avec sursis. Une décision de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, à l’opposé de celle du tribunal correctionnel de Nice : en première instance, le Niçois avait été relaxé.

« Je suis tombée de très haut. Je ne comprends pas ce drôle de signal que la justice donne à ses citoyens, dit Pierre-Alain Mannoni à 20 Minutes. L’assistance à une personne en danger est une question de dignité, d’humanité et de fraternité. Ces grands principes permettent de vivre ensemble. » Il annonce se pourvoir en cassation. « Je suis atterrée et dans l’incompréhension totale, affirme Me Maéva Binimelis, avocate de Pierre-Alain Mannoni. Dès le moment où une personne est en danger dans des conditions extrêmes, comme c’était le cas pour mon client, il y a une obligation naturelle de porter secours. »

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« Des gestes humains »

Pierre Alain Mannoni a été interpellé le 18 octobre au péage de la Turbie, dans les Alpes-Maritimes. Il lui est reproché d’avoir fait voyager trois Erythréennes entre un bâtiment de la SNCF transformé en un camp de transit pour migrants et son domicile de Nice.

« Le message est clair : si vous aidez des migrants, vous serez condamné, estime Teresa Maffeis, membre de l’association ADN qui aide les réfugiés. Cette dissuasion ne va pas empêcher les gens solidaires d’avoir des gestes humains. »

Déjà des condamnations définitives

La militante pointe le nombre de migrants et leur situation à la frontière franco-italienne : « C’est désolant de voir ce qui se passe à Vintimille. Quand je vois tous ces gamins, parfois blessés, qui veulent rejoindre leurs familles, c’est sûr qu’ils vont tout faire pour essayer de passer. Pour les migrants, rien ne les arrêtera. »

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En août, l’agriculteur de la vallée de la Roya Cédric Herrou avait été condamné à quatre mois de prison avec sursis par cette même cour d’appel. Fin 2015, Claire, une militante de 72 ans, avait écopé d’une amende de 1.500 euros à Grasse. Tous étaient jugés pour aide à l’entrée, au séjour et à la circulation de personnes en situation irrégulière.