VIDEO. Découvrez l'histoire de «Nissa la bella», l'hymne niçois qui sera chanté sur les Champs Elysées

TRADITION En hommage aux victimes de l'attentat de Nice, la chanson sera entonnée lors du défilé du 14-Juillet à Paris... 

Mathilde Frénois

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Des blindés sur les Champs-Elysées à l'occasion du défilé du 14 juillet 2016.

Des blindés sur les Champs-Elysées à l'occasion du défilé du 14 juillet 2016. — DOMINIQUE FAGET / AFP

Les « vieilles toitures », le « grand soleil », les « tonnelles », la « mer d’azur », le « port » et même « le Paillon ». Rien ne résume mieux Nice que sa chanson Nissa la bella. Vendredi, elle résonnera sur les Champs-Elysées lors de la cérémonie. Un hommage aux 86 victimes de l’attentat de Nice sur la promenade des Anglais mais aussi un écho à la culture niçoise.

Qui a composé Nissa la bella ?

La chanson a été écrite en 1903 par Menica Rondelly. Né en 1854, cet ancien soldat de Garibaldi était fonctionnaire municipal à la ville de Nice. Une fonction qui lui permettait d’assouvir sa passion pour la musique niçoise. « Ce qui est incroyable, c’est qu’il a créé cette chanson pour un 14-Juillet. Celui de 1903, explique Cristou Daurore, professeur de nissart et animateur de la radio Nissa Pantaï. Chaque année, Menica Rondelly participait au concours de chanson du carnaval [qui n’existe plus aujourd’hui] et il l’a emporté. » Décédé en 1935, le compositeur est enterré au château de Nice. « Il y a une autre chose troublante à son propos. Cet homme à un monument dédié : un visage en relief sous un escalier du Vieux-Nice qu’il a pu inaugurer de son vivant », sourit le professeur de Niçois.

Que veulent dire ses paroles ?

Si, a contrario de près de 400 lycéens, vous n’avez pas décroché votre bac de nissart, 20 Minutes décrypte les paroles de Nissa la bella avec Cristou Daurore, qui enseigne cette chanson traditionnelle à ses élèves. « Nice est personnifiée, analyse-t-il. Menica Rondelly en est amoureux. Il lui trouve beaucoup de qualité. » Le premier complet fait le tour de l’environnement de Nice : ses montagnes, sa mer, les campagnes, le soleil. « Le périmètre est restreint, note le professeur de nissart. L’auteur se limite à la vieille ville. Pour lui, tout le reste n’est que campagne et petits hameaux. »

C’est la nostalgie qui ressort du deuxième complet. « En pleine période d’industrialisation, les paroles illustrent la fin des fileuses de laine », dit le spécialiste. Nice se bétonne, les campagnes s’éloignent. Menica Rondelly se partage entre nostalgie, amour, reconnaissance et patriotisme. « Le troisième couplet parle de drapeau blanc, de victoire et fait allusion à un bastion », précise Cristou Daurore. Quant au refrain, nul besoin de traduction pour comprendre la fierté du compositeur pour sa ville chérie : « Viva viva Nissa la bella »

Où est-elle entonnée quand elle n'est pas sur les pavés des Champs-Elysées ?

C’est certainement l’endroit où elle résonne le plus fort. Nissa la bella est chantée au stade de Nice avant chaque match du Gym. Mais cette tradition est très récente. Ce n’est qu’en 2003, au Ray, qu’elle s’est invitée entre cris de guerre et drapeaux rouges et noirs. C’est Bastian Donato et quelques autres supporters qui installent sur le pré vert la version de Corou de Berra, celle-là même qui sera chantée sur les Champs Elysées. « Au début, les gens ne connaissaient pas forcément les paroles, il y avait beaucoup de lalala », reconnait-il. Alors sa petite équipe se place à l’entrée des tribunes et distribue des propectus avec les paroles en nissart et en phonétique. « Ce n’était pas acquis dès le départ, explique Bastian Donato. Mais dès la troisième rencontre, le public s’est emparé de la chanson. » Depuis, l’hymne est chanté avant chaque rencontre de l’OGC Nice. 

En dehors du stade, Nissa la bella est entonné lors de l’anniversaire de Garibaldi, pour les fêtes de terroir comme la fête des mai ou la Saint-Jean.

Quel avenir pour ce chant traditionnel ?

S’il y en a bien un qui rêve d’un avenir national (voire international) à Nissa la bella, c’est Cristou Daurore. Ce Niçois a créé la République de Nice et s’en est fait élire président en 2013. « Le fait qu’elle soit chantée à Paris, c’est comme si c’était l’hymne du pays de Nice s’exportait dans un pays étranger. Comme s’il y avait une reconnaissance de la France », rêve le professeur de niçois. Un espoir qui est devenu réalité le temps d’un instant : au lendemain de l’attentat du 14 juillet, une vidéo circulait sur les réseaux sociaux : des dizaines de personnes chantaient Nissa la bella à New York. « Ça m’a beaucoup troublé », assure Cristou Daurore.

En attendant une reconnaissance mondiale et durable, le président du comté de Nice a créé sa monnaie locale, qui sera lancée le 28 septembre 2017. Le billet de « 100 nissart » sera à l’effigie de Menica Rondelly.