Nice: Vingt ans après le meurtre d'une étudiante, un gendarme devant les assises

JUSTICE Il a été confondu par son ADN 17 ans après les faits... 

M.F. avec AFP

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Illustration d'un gendarme.

Illustration d'un gendarme. — POL EMILE/SIPA

C’est un peignoir qui a permis, 17 ans après les faits, de remonter jusqu’à ce gendarme niçois. Son ADN présent sur le vêtement d’une jeune femme retrouvée morte chez elle en 1995, il sera jugé à partir de lundi devant la Cour d’assises du Nord pour meurtre et tentative de viol.

Cinq juges d’instruction, deux services de police, de nombreux experts, des dizaines d’auditions et des centaines de prélèvements génétiques ont été nécessaires au cours des 17 années d’investigation pour tenter de trouver le meurtrier de Stéphanie Fauviaux.

Retrouvée dans sa salle de bains

Le 24 mai 1995, en fin d’après-midi, cette étudiante de 18 ans est découverte par la police, étranglée, vêtue d’un peignoir largement ouvert, dans la baignoire de l’appartement qu’elle partageait avec une amie dans le centre-ville de Lille.

« Traumatisme crânien », « marques de strangulation », « brûlures au 2e degré » et « ecchymoses sur l’intérieur des cuisses » laissant envisager des violences sexuelles, révèle l’autopsie. Un « véritable acharnement » qui signe « une intention d’homicide », souligne l’enquête.

L’enquête piétine pendant 17 ans 

Plus tôt dans la journée, la colocataire de la victime s’était rendue chez elle en compagnie de Lylian Legrand et de son frère Régis, pour récupérer quelques affaires. Devant la salle de bains, elle trouve porte close et, au travers d’une trappe d’aération, aperçoit un pied. Elle appelle alors les pompiers.

Auditionnées, ces trois personnes présentent toutes un alibi. Sans preuves scientifiques, l’enquête piétine pendant 17 ans, avant de rebondir en 2012.

Les traces ADN relevées

Un nouveau magistrat fait alors procéder par un laboratoire réputé pour ses méthodes novatrices à de nouvelles expertises de traces ADN relevées sur le peignoir de la victime. Résultat : il s’agit de celles de Lylian Legrand. Les progrès de la science permettent de confondre le gendarme.

Âgé de 23 ans au moment du drame, ce Nordiste appartenait à l’entourage de la victime chez qui il se rendait régulièrement, rendant visite à sa colocataire, sœur de sa future épouse. Devenu depuis adjudant à la gendarmerie de Nice, marié et père de deux enfants, il est donc nouveau entendu par les enquêteurs.

Les aveux du gendarme

Délaissant son alibi initial, Legrand passe aux aveux : il affirme avoir eu ce 24 mai dans la matinée un rapport sexuel avec Stéphanie Fauviaux. Celle-ci, en tombant, s’était cogné la tête contre la baignoire et était décédée. Pris de panique, il l’avait étranglée puis volé sa carte bancaire pour simuler une agression.

Un mois plus tard, il fait volte-face devant le magistrat instructeur : ses aveux étaient le résultat de « pressions des enquêteurs ». Désormais, il assure que le matin du meurtre, il a eu un « bref rapport sexuel » avec la victime, mais qu’elle était en vie lorsqu’il l’avait quittée.

Une lettre comme nouvelle preuve

Une nouvelle preuve l’accable pourtant : une lettre écrite à sa femme lors de sa garde à vue. « Si tu savais à quel point je le regrette, maintenant tu sais d’où viennent mes insomnies… Mille fois, j’ai voulu t’en parler mais j’avais peur de te perdre. Et maintenant c’est fait, encore un beau gâchis de ma part », écrit l’accusé, dépeint par son entourage comme un mari « infidèle », qui « multiplie les relations extraconjugales ».

Le 16 novembre 2012, ce responsable du service informatique à la gendarmerie de Nice, « bon père de famille », avec un « côté pince-sans-rire », parfois « un peu lourd » selon ses proches, est mis en examen du chef d’homicide volontaire et écroué.

Le procès doit s’achever le 14 octobre.