Pierre Le Guennec, et sa femme, le 29 novembre 2010 à Mouans-Sartoux
Pierre Le Guennec, et sa femme, le 29 novembre 2010 à Mouans-Sartoux - AFP PHOTO VALERY HACHE

Ils conservaient 271 œuvres non répertoriées de Picasso dans leur garage. Dès ce mardi et pendant trois jours, un couple de septuagénaires azuréens comparait devant le tribunal correctionnel de Grasse pour «recel de biens provenant d’un vol». L'affaire avait éclaté en septembre 2010. Après que Pierre et Danielle Le Guennec, 75 et 71 ans, deux retraités de Mouans-Sartoux, aient sollicité Claude Picasso, l'un des quatre enfants de l'artiste, gérant de la société Picasso administration, pour faire authentifier les 180 tableaux et esquisses ainsi qu’un carnet contenant 91 dessins en leur possession. Des œuvres que le couple prétendait avoir reçues en cadeau lorsque l'ancien électricien avait travaillé, entre 1970 et 1973, au mas Notre-Dame-de-Vie, à Mougins, la dernière demeure de l'illustre Espagnol.

Des oeuvres réalisées en 1900 et 1932

«Les héritiers précisaient qu’il s’agissait incontestablement d’œuvres originales de Pablo Picasso réalisées entre 1900 et 1932, n’ayant jamais été divulguées, rappelle la procédure. Ils expliquaient leurs doutes quant à la légitimité de la détention des œuvres par les époux Le Guennec par le fait que l'artiste avait pour habitude de dédicacer et de signer les œuvres qu’il offrait et qu’il ne faisait jamais don d’une telle quantité.» Le couple était mis en examen, les œuvres saisies et une enquête ouverte par l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC). Selon l'instruction, «les investigations ne permettaient pas de conforter les explications des mis en cause et faisaient au contraire apparaître que la détention de ces œuvres apparaissait éminemment frauduleuse».

«En remerciement de leur dévouement»

Pierre Le Guennec, joint son domicile fin 2010 affirmait de son côté bec et ongles que les œuvres avaient bien été reçues en cadeau. Devant les enquêteurs, ils maintenaient encore tous les deux qu’il s’agissait d’un don de Jacqueline Picasso, l'épouse du peintre, «en remerciement de leur dévouement et en raison des liens d’affection qui s’étaient créés».

L'ancien électricien aurait ensuite conservé les œuvres dans un carton fermé jusqu’en 2009 et n'aurait cherché à les authentifier que pour éviter à ses enfants «des difficultés au moment de la succession». Pour l'avocat du couple, le «paquet» a été forcément offert en cadeau. D'autant plus que «ce n'était pas facile de voler dans les ateliers de Picasso qui avait une mémoire extraordinaire», selon Me Charles-Etienne Gudin, cité par l'AFP. Le conseil décrit la demeure de l'artiste comme «une forteresse» surveillée par deux gardiens.

«Ils ont sali la mémoire de Picasso»

Pourquoi se seraient-ils alors jetés dans la gueule du loup, en allant consulter Claude Picasso? «C'était un risque assumé pour pouvoir mettre les œuvres en vente», répond à 20 Minutes Me Jean-Jacques Neuer, avocat de ce dernier et administrateur de la succession du peintre. Avec ce procès, «nous allons chercher à rétablir la vérité», ajoute-t-il. Les Le Guennec «ont sali la mémoire de Pablo Picasso, de ses enfants. Ils sont même allés jusqu'à dire que les œuvres leur avaient été offertes en vrac dans un sac», peste l'avocat. Sur les bancs des parties civiles, deux autres enfants de l'artiste, Paloma et Maya prendront place aux côtés de deux petits-enfants légitimes, Marina et son demi-frère Bernard, ainsi que de Catherine Hutin-Blay, fille de Jacqueline Picasso.

Jusqu'à jeudi au palais de justice de Grasse, sept témoins seront appelés à la barre, dont l'ancienne présidente du musée Picasso Anne Baldassari et Claude Sassier, fils d'une gouvernante de l'artiste. Les deux retraités encourent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 375.000 euros d’amende ou la moitié de la valeur des biens recelés. Soit certainement beaucoup plus.  

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