«Le pouvoir, je l’aurai»

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Publié le 28 juin 2012.

INTERVIEW - Patrick Rimbert, l’ex-second de Jean-Marc Ayrault, sera élu vendredi nouveau maire de Nantes...

Il lui reste encore «pas mal de bazar à trier» avant d’emménager dans son nouveau bureau, celui occupé pendant 23 ans par Jean-Marc Ayrault, démissionnaire du poste en raison de sa nomination à Matignon. Vendredi, Patrick Rimbert (PS) devrait être élu officiellement 134e maire de Nantes par le conseil municipal. Entretien.

Ça fait quoi de devenir maire ?

C’est une fierté, beaucoup d’émotion. De tous les mandats, celui de maire est peut-être le plus beau: on est en relation directe avec la population. Je suis bien conscient des responsabilités, mais ça ne m’angoisse pas plus que ça.

Etait-ce un objectif de carrière?

Non. J’avais une délégation où je prenais mon pied. J’aurais pu continuer. Je n’ai jamais souffert d’être dans l’ombre toutes ces années. J’ai une vie personnelle –veuf à 32 ans avec deux enfants– qui m’a appris la relativité des choses.

Quel sera votre style?

J’aime les gens. Je suis assez naturel. Certainement moins renfermé dans l’expression que Jean-Marc. J’ai 67 ans, je ne vais pas commencer à me donner un genre. Faut toujours faire attention à ça. Mon entourage saura me le dire.

Quelle sera votre mission?

Je dois aller au bout de l’engagement qu’on a pris en 2008. De gros dossiers sont concernés : le transfert de l’hôpital, la modernisation de la gare, le nouveau franchissement de Loire, la transformation de Bellevue… Il faudra aussi préparer un projet pour les Nantais dans les 10-15 ans qui viennent. Il y aura des choses à lancer en amont. Enfin, mon rôle sera également de permettre à une équipe d’élus de montrer leurs qualités, les préparer à conduire les responsabilités de demain.

Serez-vous des municipales de 2014?

Je ne sais pas. Où en sera l’opinion nantaise en 2014? Qui seront ceux à même de porter le projet? Je reste ouvert aux opportunités. Je n’exclus ni de repartir pour un tour, ni de prendre du recul.

Qui pourrait être la tête de liste? Johanna Rolland? Pascal Bolo?

Ils ont les compétences. Mais d’autres élus aussi ont pas mal de potentiel.

Les couteaux seront-ils de sortie?

En théorie, c’est un risque. Je suis là pour faire que ça n’arrive pas. Je saurai faire preuve d’autorité s’il le faut. L’ambition n’est pas un péché. Mais ce n’est pas en divisant ou en faisant preuve d’égoïsme qu’on séduira les Nantais.

La droite a-t-elle une chance?

A droite, on ne sent pas de projet, pas de vision commune. Il manque aussi une capacité de rassemblement. Pour autant, ce n’est pas gagné d’avance. Croire que tout roule, qu’on a un matelas, c’est la meilleure façon de se casser la gueule.

Jean-Marc Ayrault restera au conseil municipal. Serez-vous un maire sous tutelle?

Ce n’est plus mon patron. C’est un ami, avec qui j’ai partagé une longue expérience, des hauts comme des bas. C’est normal qu’il garde un lien avec la ville. Il sera toujours présent. Mais je ne serai pas un maire-potiche. Prétendre l’inverse est assez petit. Le pouvoir, je l’aurai. Mais il n’a de sens que s’il est partagé.

Que manque-t-il à Nantes?

A l’extérieur, le potentiel de Nantes ne va pas de soi. On n’a pas l’histoire de Lyon ou la rente de Bordeaux. On manque de visibilité parce qu’on est équilibré. On a à se battre pour que ça change. Il ne faut pas tomber dans le contentement.

Propos recueillis par Frédéric Brenon

Rimbert et l’Irlande, le «football d’autrefois», Obama, le cannabis…

Elu socialiste au conseil municipal de Nantes depuis 1989 (en même temps que Jean-Marc Ayrault), premier adjoint depuis 2001, député de 1997 à 2002, Patrick Rimbert n’est pourtant pas encore très connu du grand public. Agé de 67 ans, ce spécialiste d’économie et d’urbanisme a trois filles et quatre petits-enfants. Né d’une mère irlandaise et d’un père nantais, il a presque toujours vécu à Nantes, ville où il apprécie particulièrement les «balades en bords de Loire et bords de Sèvre».

Amateur de rugby et du «football d’autrefois», passionné de musique («classique et jazz»), de lecture («je cherche les coups de cœur des libraires») et de cinéma («j’y vais trop peu souvent»), Patrick Rimbert trouve en revanche la télévision souvent «assommoir». Ses modèles historiques s’appellent Mandela, Jaurès, Blum, mais il s’avoue aussi «admiratif» d’Obama et de Lula. Pas de De Gaulle, dont il juge «certaines références trop élitistes».

Comme François Hollande, il se dit favorable au mariage homosexuel et au droit de vote des étrangers. Plutôt «réticent» à la dépénalisation du cannabis, il est «très partagé» sur l’euthanasie. «Je suis contre l’acharnement médical. Mais faut-il forcément faire une loi? J’ai peur d’une société impeccable, où les lois régiraient tout.»

Ses collègues élus décrivent un personnage «convivial», «très collectif», «disponible», «aimant les pointes d’humour» et écoutant beaucoup, sa «marque de fabrique». «Ce sera un style différent de Jean-Marc Ayrault», assure Alain Robert. «La fonction le fera découvrir sous un jour nouveau», estime Raymond Lannuzel.

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