Adeline Ponnau, une étudiante vétérinaire de 25 ans, effectue son stage chez Vincent Lédée.
Adeline Ponnau, une étudiante vétérinaire de 25 ans, effectue son stage chez Vincent Lédée.

Guillaume Frouin

En finir avec un cercle vicieux. C'est l'objectif du « diplôme d'apiculture et pathologie apicole » dispensé par l'école nantaise Oniris. Cette formation « unique au monde » permet aux vétérinaires d'apprendre à soigner les abeilles, au même titre que des vaches ou des moutons.

Des vétos « formatés »
« Formatés pour soigner des vertébrés », les vétérinaires se sont en effet détournés au fil des ans de ce « petit machin », estime Monique L'Hostis, professeur à Oniris, qui a initié ce diplôme. Les apiculteurs – les jugeant incompétents – s'étaient alors organisés eux-mêmes pour soigner leurs élevages, décimés ces dernières années par des pesticides ou le frelon asiatique.
De 2007 à 2009, Vincent Lédée a ainsi régulièrement retrouvé « des milliers et des milliers de cadavres » devant certaines de ses ruches du pays de Retz. « Depuis l'arrivée des pesticides, des collègues ont perdu 30 % de leur production », ajoute cet apiculteur professionnel de 48 ans. Pour autant, difficile de faire prouver l'origine des intoxications, faute d'experts impartiaux. « Les apiculteurs sont considérés comme juge et partie », soupire Vincent Lédée. « Et, quand on a un scientifique qui valide ce qu'on pressentait, les firmes ont vite fait de lui trouver un contradicteur. » De fait, les intoxications d'abeilles sont « nettement sous-déclarées ».

Observateur indépendant
Cet ancien géologue mise donc beaucoup sur la formation des vétérinaires, comme Adeline Ponnau qu'il accueille en stage, pour remplir ce rôle d'« observateur indépendant ». Pas sûr, pour autant, que beaucoup de ses confrères fassent spontanément appel à elle. « Ce n'est pas dans leurs habitudes de faire appel à un vétérinaire, c'est même parfois vécu comme une hérésie », convient cette étudiante de 25 ans. Pour autant, les vétérinaires ne se découragent pas. Soixante et un d'entre eux ont déjà été diplômés par Oniris, et trente-deux autres le seront prochainement.