Interview de Nelly Richardeau et Sophie Averty, réalisatrices. Leur documentaire, Avec vue sur Loire, est projeté ce soir au Lutétia de Saint-Herblain
Quel a été le point de départ de votre documentaire ?
Sophie Averty : Le grand projet de ville (GPV), où ont été annoncées pour la première fois les démolitions des tours à Malakoff, a été présenté le 12 septembre 2001. Fin 2002, nous avons décidé de suivre – avant, pendant et après leur relogement – plusieurs familles de locataires de la Banane, le plus emblématique des immeubles du quartier, détruit à l'été 2004.
Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?
Sophie Averty : Nous avons été surprises par la qualité des intérieurs, qui étaient loin d'être insalubres.
Nelly Richardeau : Pour certains habitants, la destruction a certes été une opportunité de départ. Mais, d'autres étaient vraiment attachés à leurs logements, exposés plein sud, sur les bords de Loire et à cinq minutes du centre-ville. Cela a été un déchirement de partir, même pour ceux relogés sur la butte Sainte-Anne. A Malakoff, ils avaient leurs repères.
Quelles conclusions tirez-vous de la destruction de la Banane ?
Sophie Averty : La détruire était un non-sens. Ce n'était peut-être pas la solution la plus adaptée en ces temps de pénurie. On aurait pu garder le même parc, et abattre des cloisons pour concevoir des logements plus spacieux. C'est ce que propose notamment dans le documentaire l'architecte Jean-Philippe Vassal, qui avait été chargé par le ministère de la Culture d'une étude sur les alternatives à la déconstruction.
Nelly Richardeau : On s'aperçoit que le malaise des quartiers ne vient pas du bâti, mais bien de la misère sociale. Pourtant, les subventions du grand projet de ville vont d'abord à la destruction, pas à l'accompagnement social des habitants. D'ailleurs, l'architecture de l'ex-Banane est la même de l'autre rive de la Loire, à Beaulieu, mais personne ne songe à démolir là-bas les immeubles. Peut-être est-ce aussi parce qu'ils ne sont pas habités par les mêmes populations.
Le message que porte votre documentaire est-il entendu ?
Sophie Averty : Les démolitions programmées sont aujourd'hui remises en cause, comme à Trignac ou bien encore dans la banlieue parisienne.
Nelly Richardeau : Mais ce discours dérange. Après sa première diffusion sur France 3 mi-janvier, notre documentaire n'a jamais été reprogrammé, en dépit de ses excellents scores d'audience et contrairement à ce qui était prévu. Alors qu'il devait passer partout dans l'Ouest, il a été également cantonné à une diffusion sur l'estuaire de Nantes/Saint-Nazaire.
Recueilli par Guillaume Frouin
21 h, au cinéma Lutétia. 18, rue des Calvaires, à Saint-Herblain. Tarif unique 4 euros .