D'une année sur l'autre, le succès ne se dément pas. Le soleil aidant, près de 150 000 personnes ont de nouveau flâné ce week-end sur les bords de l'eau, entre Nantes et Nort-sur-Erdre, à l'occasion de la 24e édition des « Rendez-vous de l'Erdre ». Ce qui n'était en 1987 qu'une petite fête pour marquer la réhabilitation de l'île Versailles est aujourd'hui devenu, sans conteste, le plus gros festival de jazz en France. Et ne compte pas s'arrêter là.
Pour ses vingt-cinq ans, l'événement espère en effet faire venir l'an prochain deux grandes têtes d'affiche, et non plus une seule. Armand Meignan rêve ainsi d'attirer le trompettiste américain Wynton Marsalis. « C'est une grande star américaine, consensuelle », explique le directeur artistique du festival. « Pour leurs vingt-cinq ans, les Rendez-vous le mériteraient. »
« On a un côté bouts de ficelle »
Reste qu'à 70 000 € la prestation, Marsalis pourrait bien faire exploser le petit budget artistique des Rendez-vous : seulement 115 000 €. « On a un côté bouts de ficelle, même si on ne le montre pas », reconnaît Loïc Breteau, directeur des Rendez-vous. « Avec ce budget-là, Jazz in Marciac tient deux soirées ; nous, on monte 120 concerts », compare Philippe Audic, le président de l'association organisatrice. L'essentiel du budget des Rendez-vous (850 000 €) part en effet dans la technique : soixante-dix intermittents du spectacle et une dizaine de régisseurs travaillent à la gestion des multiples scènes.Maryvonne le confesse sans détours : le jazz, elle n'en écoute « jamais ». Il n'empêche : hier, cette retraitée de 62 ans papillonnait entre les scènes du bassin Ceineray, une gaufre à la main. Comme beaucoup de spectateurs des Rendez-vous de l'Erdre, elle est d'abord venue « se balader ». « On aime bien cette ambiance de fête populaire, où on peut marcher sans être dérangé par les voitures », explique Laurence, 40 ans, qui s'est arrêtée avec ses filles Iris (8 ans) et Eva (5 ans) au stand de crêpes bretonnes. « C'est notre dernière sortie avant la rentrée », ajoute Thibault, 35 ans, qui regarde du quai la gabare « La Nonchalante » avec sa femme Cindy et leur petite fille de cinq mois. « On profite à fond de nos derniers jours de vacances et du soleil. »
Peu de spectateurs « intégristes »
Ce public de néophytes est « une chance » pour les Rendez-vous de l'Erdre, à en croire Armand Meignan. « Un amateur de jazz, c'est souvent un intégriste : certains n'écoutent que de free jazz, du be-bop ou du blues, et ne veulent rien écouter d'autre », affirme le directeur artistique de la manifestation. « C'est terrifiant ! Essayons de garder ce public neuf et normal : c'est formidable pour nous. »
Le public des Rendez-vous de l'Erdre a aussi pour particularité d'être « spontané », complète Loïc Breteau, directeur du festival. « Quand on est dans une salle de jazz, on sait à quel public on a affaire... Du fait de la gratuité, on ne sait jamais quel public va venir, comment il va réagir. C'est un organisme vivant, qu'on ne peut pas maîtriser. »
La scène Sully, pourtant appréciée pour la qualité du son, va disparaître pendant deux ans, en raison de la construction d'un énorme réservoir d'eaux pluviales sous terre. Le festival va donc devoir s'accommoder des palissades de chantier...