A Montournais, près de Pouzauges (Vendée), trouver un nouveau médecin était une urgence. Le précédent s'est pendu dans sa maison, il y a un mois, après avoir tué sa femme et ses quatre enfants. Un drame épouvantable qui a traumatisé cette commune rurale de 1 800 habitants – dont un tiers de retraités. En situation de « surmenage professionnel » selon ses proches, Emmanuel Bécaud, 34 ans, était en effet très investi auprès de ses patients. « Il était à son cabinet de 7 h 30 jusqu'à 21 h ou 22 h », témoigne l'un d'eux, au comptoir de l'unique bar de Montournais. « Quand j'étais à l'hôpital, il m'appelait tous les jours pour savoir comment j'allais. » Problème : débordés eux aussi de travail, les autres médecins du Bocage refusent d'accueillir ses patients de façon pérenne. Le prochain départ à la retraite de certains d'entre eux pourrait vite rendre intenable la situation.
Une « maison médicale » en projet
Consciente du problème, la communauté de communes travaille depuis un an sur une « maison médicale », où les professionnels de santé pourraient mutualiser leur prise de rendez-vous ou leurs week-ends de garde. Le projet « permettrait d'attirer des jeunes, notamment des femmes », est convaincu Michel Guignard, le maire de Montournais. « Elles pourraient prendre des vacances, sans que la permanence des soins ne soit remise en cause. »
En attendant, depuis lundi, c'est une médecin roumaine de 51 ans qui a remplacé le Dr Bécaud. « Elle a émigré en France en début d'année, mais le département qui l'a fait venir n'a pas pu lui assurer un niveau suffisant de patients », explique le maire. A Montournais, un « comité d'accueil » a été mis sur pied pour faciliter l'installation de son mari et ses enfants. Les autres candidats, il est vrai, ne se bousculaient pas. Un second cabinet médical, construit il y a un an par un promoteur privé, demeure ainsi désespérément vide sur la place de l'église. Son propriétaire prospecte lui aussi en Roumanie pour trouver un occupant.
« Ce métier, c'est un sacerdoce »
« Aujourd'hui, les étudiants qui sortent de fac de médecine ne pensent qu'à se faire du pognon, en posant leur plaque à Royan, fustige Delphine Migeon, 35 ans, à la tête de la Pharmacie du Bocage. Pourtant, ce métier, c'est un sacerdoce. Nous ne sommes pas que des commerçants, on a aussi un rôle de service public. » L'unique infirmière libérale de Montournais enquille ainsi quatre semaines de travail consécutives, sept jours sur sept, avant de pouvoir prendre sa semaine de repos. « J'ai eu la chance de faire des études, je me dois de soigner les malades », répétait, lui, Emmanuel Bécaud à ses proches.