Depuis plusieurs semaines, on les a vus nager dans une boutique de créateurs de Pornic. Dès vendredi, et pendant dans l'été, ils se montreront dans une galerie d'art de Clisson. Les « poissons mobiles » d'Artefakt, alias Patrick Chevrier, sortent petit à petit des troquets de Nantes et de Rezé, où ils se sont fait connaître depuis des mois. Au bar « Chez Lizette », dans le quartier République, une armada de poissons délurés et multicolores dévisage ainsi les clients. Certains d'un air cabotin, les autres euphoriques, agacés ou enragés.
Fils de poissonnier et ex-poissonnier
Chez ce plasticien, à Rezé, le frigo est recouvert de poissons magnets, et quelques trombines aquatiques sont posées sur la vaisselle… L'homme de 49 ans n'est pas pour autant un fanatique du monde marin. « Juste poisson ascendant poisson, lance Artefakt, d'un air amusé. Je suis aussi fils de poissonnier. Et, de 15 à 18 ans, j'ai moi-même été poissonnier. » Aujourd'hui, Patrick Chevrier vend toujours des poissons. Mais désormais, ils sont en polystyrène extrudé.
L'histoire de ces poissons flottant au dessus de la tireuse à bière a commencé il y a trois ans, au Melting Pot', un bar de l'île de Nantes désormais fermé. « Depuis, j'en crée une centaine par mois », relate Artefakt. « Je ne m'en lasse pas. Tout est permis. Je découvre sans cesse de nouvelles formes. J'essaie de rendre les yeux plus vivants. »
Poisson plat ou poisson squelette, ils sont tous très tape-à-l'œil. Mais chacun est unique. Son imagination navigue dans l'esprit des bandes dessinées. Sculptés au cutter, poncés et peints à la main, ils prennent vie au gré de ses envies. « Je les conçois selon l'humeur du jour », explique le plasticien. « Il y a deux ans, un pote m'a commandé un poisson breton. Je n'en avais pas l'envie. Finalement, je viens d'en concevoir une vingtaine ! »
Titulaire d'un CAP tailleur de pierre
Ce touche-à-tout, qui a aussi été serveur ou encore caréneur de bateau, bidouille depuis qu'il est tout-petit. Mais son aventure artistique a réellement commencé en 1999, alors qu'il était agent immobilier. Pour « changer de vie », il créé un collectif de plasticiens à Rezé, qui n'existe plus aujourd'hui. Titulaire d'un CAP tailleur de pierre, Patrick Chevrier choisit alors le nom d'Artefakt pour sa signification, à savoir « résultat inattendu d'une expérience ». « Parfois, quand mon cutter dérape, une forme que je n'avais pas imaginée se dessine. C'est ce que j'aime dans l'art. » Désormais, l'homme a un rêve : « réaliser le décor complet d'une poissonnerie ou d'un restaurant ».