Il n'avait jamais été au chômage. « Même pas deux jours. » Jusqu'en ce début 2008, quand son employeur CNH, constructeur d'engins de travaux publics, s'est restructuré de fond en comble... Il y était directeur régional sur le Grand-Ouest, de Caen à Bordeaux. Il y avait gravi tous les échelons depuis vingt ans. Il a dû refuser la porte de sortie offerte : « En Angleterre, mais je n'excelle pas dans la langue de Shakespeare », ironise-t-il aujourd'hui. Le Vertalien Daniel Jacquetton allait être au chômage. A 53 ans, avec deux enfants étudiants.
Son obsession, depuis : dénicher un poste de directeur commercial. N'importe où en France, et « avec des prétentions salariales évidemment revues à la baisse ». Un vrai marathon, qu'il appréhende notamment avec quelque 150 autres adhérents de Cadr'Action, structure au sein de laquelle le commercial entretient son réseau et jauge « le marché caché, qui représente 70 % de l'offre ». Il veille surtout à « ne pas rester seul et inactif, à s'entourer pour mieux vivre les désillusions ».
Daniel n'a eu droit qu'à deux entretiens en 2010. Il parle de « bérézina » : « Atteindre cette étape est le plus difficile. Ensuite, on peut discuter. » Et rassurer : « Le senior a deux boulets à traîner, son âge et son parcours. Les employeurs les pensent souvent trop chers, peu mobiles, potentiellement réactionnaires... A nous de démentir ces clichés. »
Un tiers de chômeurs longue durée
Les différents systèmes incitatifs ou contraignants ? Daniel applaudit. Parce qu'il connaît les chiffres : selon l'Insee, 14 % des seniors au chômage en 2005 ont retrouvé un emploi un an après, et 34 % sont restés au chômage. Mais il ne perd pas espoir : « Toutes les pièces d'un puzzle trouvent leur place. » Sur sa carte de visite, il est toujours inscrit « directeur régional ». La case « employeur » ne demande qu'à être remplie.a. G.