Le pitre de la vidéo contemporaine

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Publié le 11 juin 2010.

Pierrick Sorin L'artiste nantais expose au Lieu unique jusqu'au 29 août

Nantes, quartier des Olivettes. Un atelier au fond d'une cour, sorte de cabinet de curiosités où se côtoient pêle-mêle un piano toy, un vélo-projecteur doté d'une boîte à musique… Et des caméras surtout. Des caméras sens dessus dessous à côté d'un mur d'écrans. Drôle d'oiseau ce Sorin. Son domicile – autrefois habité par le sculpteur de la tour LU – est à son image : prolifique. Il énumère tant de projets qu'il en oublie les noms : des opéras, quatre en cours dont un à la Scala de Milan, un spectacle – « 22 h 13 » – et une expo qui débute aujourd'hui au Lieu unique. « C'est l'une des plus importantes en nombre d'objets exposés », précise l'artiste. Son nom : « Rétrospective/Prospective ! » Une formulation censée exclure de l'enterrer trop vite. « Mais ça ne me ressemble pas la prospective, corrige-t-il. J'ai plutôt l'habitude de me laisser porter par les propositions. » Et il n'en manque pas.

Portes ouvertes sur le monde
Pierrick Sorrin est à peine sorti des Beaux-Arts de Nantes, en 1988, que son film d'étude en super-8, Les Réveils, est diffusé à la télé. Les grandes institutions, jusqu'alors réticentes au mouvement de l'art vidéo en France lui ouvrent grand les portes : une carrière est née. S'en suivront des expos dans les galeries les plus prestigieuses : Guggenheim à New York, la Tate à Londres ou Pompidou à Paris. Des contrats pour des défilés de lingerie ou des boutiques chics. Et si peu de grands événements à Nantes, sa ville natale.
Spécialiste de l'auto-filmage et de l'holographie, dans la veine des gags visuels de Buster Keaton ou de Jacques Tati, Pierrick Sorin est un pitre à la sagacité aiguisée. Malgré un faux air de Mr Bean, il ne cède jamais à la caricature : « J'alterne toujours une part de moquerie et de sérieux. Sans que l'on sache sur quel pied danser, explique-t-il. Je cherche à toucher la vérité humaine. Et l'amusement n'est qu'un moyen de fuir la peur du vide et du non-sens. Sinon, ce serait le suicide. »

Une œuvre dès ses 4 ans
Un temps instit – « Je préférais la peinture et la guitare aux règles de trois » –, ce fils de parents communistes a toujours manié l'humour. A 4 ans, il enregistrait une chanson au titre énigmatique, Je m'en vais chercher mon linge, qui fera l'objet d'un film plus tard. « Le musée, ça m'ennuyait un peu. Ça me paraît étrange de voir de la peinture qui ne bouge pas. » Alors qu'il fêtera ses 50 ans en juillet, Pierrick Sorin n'a pas vraiment vieilli. Il s'en amuse : « Pierrick veut dire petit Pierre en breton. Ce prénom m'évite de devenir adulte. »

David Prochasson
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