Nantes, quartier des Olivettes. Un atelier au fond d'une cour, sorte de cabinet de curiosités où se côtoient pêle-mêle un piano toy, un vélo-projecteur doté d'une boîte à musique… Et des caméras surtout. Des caméras sens dessus dessous à côté d'un mur d'écrans. Drôle d'oiseau ce Sorin. Son domicile – autrefois habité par le sculpteur de la tour LU – est à son image : prolifique. Il énumère tant de projets qu'il en oublie les noms : des opéras, quatre en cours dont un à la Scala de Milan, un spectacle – « 22 h 13 » – et une expo qui débute aujourd'hui au Lieu unique. « C'est l'une des plus importantes en nombre d'objets exposés », précise l'artiste. Son nom : « Rétrospective/Prospective ! » Une formulation censée exclure de l'enterrer trop vite. « Mais ça ne me ressemble pas la prospective, corrige-t-il. J'ai plutôt l'habitude de me laisser porter par les propositions. » Et il n'en manque pas.
Portes ouvertes sur le monde
Pierrick Sorrin est à peine sorti des Beaux-Arts de Nantes, en 1988, que son film d'étude en super-8, Les Réveils, est diffusé à la télé. Les grandes institutions, jusqu'alors réticentes au mouvement de l'art vidéo en France lui ouvrent grand les portes : une carrière est née. S'en suivront des expos dans les galeries les plus prestigieuses : Guggenheim à New York, la Tate à Londres ou Pompidou à Paris. Des contrats pour des défilés de lingerie ou des boutiques chics. Et si peu de grands événements à Nantes, sa ville natale.
Spécialiste de l'auto-filmage et de l'holographie, dans la veine des gags visuels de Buster Keaton ou de Jacques Tati, Pierrick Sorin est un pitre à la sagacité aiguisée. Malgré un faux air de Mr Bean, il ne cède jamais à la caricature : « J'alterne toujours une part de moquerie et de sérieux. Sans que l'on sache sur quel pied danser, explique-t-il. Je cherche à toucher la vérité humaine. Et l'amusement n'est qu'un moyen de fuir la peur du vide et du non-sens. Sinon, ce serait le suicide. »
Une œuvre dès ses 4 ans
Un temps instit – « Je préférais la peinture et la guitare aux règles de trois » –, ce fils de parents communistes a toujours manié l'humour. A 4 ans, il enregistrait une chanson au titre énigmatique, Je m'en vais chercher mon linge, qui fera l'objet d'un film plus tard. « Le musée, ça m'ennuyait un peu. Ça me paraît étrange de voir de la peinture qui ne bouge pas. » Alors qu'il fêtera ses 50 ans en juillet, Pierrick Sorin n'a pas vraiment vieilli. Il s'en amuse : « Pierrick veut dire petit Pierre en breton. Ce prénom m'évite de devenir adulte. »