Un terrain vague pour jardin, des engins de chantier pour voisins, le périphérique sud en fond sonore. C'est ici, sur la nouvelle zone de la Brosse à Rezé, que sont installés depuis quatre mois Marie, Ronny et le reste de leur famille. Au total, six foyers rassemblés dans une douzaine de caravanes stationnent illégalement sur cette petite route appartenant à Nantes métropole. « La famille voyage ensemble, on ne se sépare jamais, raconte Marie, 40 ans. Nous avons trouvé cet endroit après une mission évangélique dans la Manche. A Bouguenais, à Nantes, tout était plein dans les autres aires. On n'avait pas d'autre choix. Il n'y a pas d'eau chaude, pas de sanitaires, mais on ne dérange personne. On fait attention à garder les lieux propres. » « On a toujours vécu autour de Nantes, on veut y rester, mais il n'y a pas assez de places, poursuit Ronny, 39 ans, qui vit du RSA et de petits boulots. Certaines familles ne voyagent plus et occupent les aires toute l'année. Il y a aussi les tarifs qui sont souvent trop chers. Il faut, de plus en plus, payer en avance son eau et son électricité, ou donner une caution. C'est difficile pour nous. »
Le groupe se sait expulsable. Des convocations au tribunal les tiennent informés depuis quelques jours de l'imminence d'un départ forcé. « On se fait chasser de tous les côtés, se désespère Marie. Pour nos enfants, c'est une catastrophe. Il vont à l'école à Rezé, on ne peut pas s'éloigner. Parfois, on reste simplement garés, prêts à repartir le lendemain. Si on va plus loin, on nous coupe les allocations au motif que les enfants ne sont plus scolarisés. » Comme d'autres voyageurs, ils aimeraient avoir un terrain à eux, pour s'y poser « deux à trois fois par an ». « J'ai voulu en acheter un récemment, rapporte Ronny. Cela m'a été refusé par la mairie. On n'avait pas le droit de vivre dans nos caravanes, il faut que la maison soit immobile ! Pas étonnant qu'on ne s'en sort pas. »