Dans votre hors-série consacré à la Folle Journée*, vous parlez d'une nouvelle manière d'écouter la musique. Pourquoi ?
L'idée géniale de René Martin est d'avoir su créer une unité de temps (cinq jours), de lieu (la Cité des congrès) et d'action (autour d'un compositeur). Cela permet d'effectuer des parcours. Entre deux concerts, on peut boire un verre, rencontrer des gens, acheter un disque.
A-t-elle fait évoluer les pratiques culturelles ?
René Martin a eu une idée neuve. Mais il est illusoire de croire que la Folle Journée a révolutionné les modes d'accès à la musique, y compris à Nantes. Il existe une véritable légende dorée de la Folle Journée.
La démocratisation tant évoquée est donc un mythe...
Le festival de la Folle Journée est un foyer de démocratisation. Mais il est encore loin d'être un incendie : on n'écoute pas Chopin comme on prend le tramway. Le public de la musique classique est plutôt âgé et aisé. Et malgré une population élargie, la Folle Journée n'échappe pas à cette tendance. Si l'audace du festival est de ne pas se résigner à la fatalité sociale, sa limite, c'est de ne pas l'empêcher.
Comment se comporte le public de la Folle Journée ?
C'est, dans une certaine mesure, une manifestation plutôt mondaine. Il est bon d'y être présent et de s'y montrer. Mais il y a également beaucoup de passionnés.
La Folle Journée unit-elle la ville ?
La manifestation mobilise au-delà des cercles du classique avec notamment ses actions sociales (dans les quartiers, prisons ou hôpitaux). Les Nantais sont fiers de son rayonnement. Mais ils ne sont pas tous devenus fans de Chopin.
Recueilli par David Prochasson
* Hors-série intitulé « La Folle Journée de Nantes, une ville à l'unisson ? ».