D'abord, il y a cette silhouette, élégante. Puis ce regard ténébreux et déterminé. Depuis qu'on l'a découverte dans Merci pour le chocolat de Claude Chabrol, Anna Mouglalis nourrit des similitudes troublantes avec ses personnages à l'écran. Dans Gainsbourg (vie héroïque), le long-métrage de Joann Sfar à l'affiche aujourd'hui, elle endosse très naturellement le rôle de Juliette Gréco. Même charisme, même mystère. Et cette voix, cuivrée, presque sensuelle. Un timbre si particulier qu'au conservatoire de Paris, certains observateurs lui conseillaient de se faire opérer.
Au côté d'Eric Elmosnino, formidable interprète de « l'homme à la tête de chou », Anna Mouglalis chante La Javanaise, une chanson que Gainsbourg avait écrite pour Juliette Gréco. Entre ces deux dames brunes, la proximité est si évidente que l'actrice semble décrire un modèle lorsqu'elle évoque la chanteuse : « Jamais elle n'a été un objet du désir. Elle incarne la liberté, la transgression. » Ce sont ces mêmes préceptes qui ont conduit Anna Mouglalis à accepter d'être l'égérie de Chanel en 2002 : « En n'utilisant pas la femme comme objet sexuel, cette maison fait acte de résistance », lâche-t-elle. Sensible à la volupté des belles choses, l'actrice s'est ainsi initiée au luxe sans se compromettre : « Chanel rapporte de l'argent, mais il n'y a rien de cynique. Je suis très respectée, et cette aventure, c'est d'abord une rencontre avec le couturier Karl Lagerfeld. »
Née à Saint-Raphaël dans le Var, cette passionnée de littérature a grandi à Nantes, la ville de Jacques Demy. Entre deux séances de plongeon acrobatique à la piscine de la Gloriette, elle fréquente le festival des 3 Continents, les salles du Concorde ou l'ancêtre du Cinématographe : « Avant la séance, on m'enlevait mes collants mouillés pour les faire sécher », se souvient-elle. Car c'est bien connu : « Il pleut à Nantes. » C'est pourtant cette ville de cinéma, où son père vit encore, qu'Anna Mouglalis va quitter à 16 ans pour étancher sa soif d'autonomie.
Et ce n'est pas un hasard si aujourd'hui, à 31 ans, « Anna Mouglalis l'indépendante » a déjà incarné Simone de Beauvoir et Coco Chanel. Comme ces femmes, dont elle n'hésite pas à dire qu'elles la guident, la compagne de Samuel Benchetrit partage une vision affirmée du féminisme : « Pas contre les hommes mais pour les femmes ». Et si certains la verraient naturellement jouer Barbara, celle qui, enfant, était « toujours du côté des Indiens », préférerait l'anarchiste Louise Michel. Par goût de l'insoumission. W