A en juger le pas pressé des passants, emmitouflés dans leurs écharpes et bonnets, il faisait froid à Nantes hier matin. Très froid même à la lecture du thermomètre : -5 °C sous abri au réveil. Des températures anormalement basses qui ont justifié le déclenchement du plan grand froid dès lundi soir. Concrètement, cela signifie que le gymnase Léo-Lagrange, situé sur l'île Gloriette, est réquisitionné d'urgence pour accueillir trente personnes sans abri. L'ouverture un peu tardive du dispositif n'a toutefois pas permis aux SDF de s'organiser comme il l'aurait fallu cette première nuit. A peine une quinzaine a ainsi dormi au gymnase.
Parmi eux, Mickaël, 30 ans, à la rue depuis octobre, a été orienté par le 115. « Je n'aime pas trop l'ambiance des foyers d'hébergement mais je ne me voyais pas passer la nuit dehors. C'est un coup à y laisser sa peau ! J'ai quelques potes mais c'est compliqué de rester chez eux. Ici, au moins, on a un lit, de quoi se laver, et on ne dérange pas. » Non loin de là, Greg, 26 ans, sans domicile depuis novembre, termine un bol de café chaud. Il a appris l'ouverture du gymnase par la Halte de nuit de l'Île de Nantes. « J'ai passé plusieurs nuits à la Halte mais, avec le froid, elle est complètement bondée ! Ici il y a de la place et c'est calme. » En attente d'un appartement et en recherche d'emploi depuis novembre, il avoue « se débrouiller » comme il peut, passant ses journées au « cinéma ou avec [sa] copine en ville ». « J'ai laissé un sac à la consigne de la gare, le second je suis obligé de le trimballer avec moi. »
Vincent, Sébastien et Mathieu, eux, ont un toit fixe ainsi qu'un métier. Ils sont dessinateur, agent de sécurité incendie ou encore menuisier, mais ont tout de même passé la nuit dans le gymnase. Bénévoles à la protection civile, ils ont été prévenus en fin d'après-midi par SMS du passage imminent au plan grand froid. Quinze heures plus tard, ils étaient encore sur place à « encadrer, soutenir et écouter » les SDF. « On essaie de s'arranger avec nos employeurs pour être disponibles, raconte Sébastien. Notre présence est importante car il y a beaucoup de gens en détresse. Une majorité d'hommes, toujours, mais de plus en plus de jeunes et de femmes. » W