Le freinage est brusque, les accélérations rudes, le débrayage activé plus que de raison. En promenade matinale à Saint-Herblain, Christophe toise avec méfiance le petit « écogyser », sorte de mouchard qui enregistre tous ses faits et gestes. Ses réflexes ne sont pas parfaits, il le sait. Sur 13 km, à 37,5 km/h, il a d'ailleurs consommé 7 litres aux 100 en moyenne... Mais ça ne va pas durer.
Employé à la Direction départementale de l'équipement et de l'agriculture (DDEA), le quadra est formé à l'éco-conduite par d'autres agents de leur société. « Comme tous ses collègues dans les trois ans à venir », ambitionne Yannick Charlot, animateur sécurité prévention (ASP). L'éco-conduite ? Une pratique respectueuse du véhicule et de l'environnement. « Un moyen d'alléger le budget carburant », résume Christophe. Vrai : 5 à 10 % d'économies sur un plein. « Accessoirement », les rejets de CO2 sont aussi diminués...
La théorie s'enseigne d'abord sur paperboard, avec schémas, quiz et diaporamas. Comme à l'auto-école. Y sont dévoilées quelques astuces de bon sens : contrôler les pneus chaque mois, anticiper l'abord des ronds-points pour rétrograder le moins possible... Des règles déroutantes, aussi : enchaîner les rapports le plus vite possible (« à 2 000 ou 2 500 tours/minutes », précise Yannick Charlot) ou utiliser la première avec parcimonie. Rien de tel qu'un test grandeur nature.
En route pour l'« audit guidé », sur le même circuit herblinois qu'en matinée. Christophe au volant, à nouveau. Appliqué : les vitesses s'enclenchent vite, la conduite est apaisée. Yannick Charlot : « Notez qu'en cinquième à 65 km/h, le moteur ne souffre pas. » L'ex-moniteur d'auto-école est adepte du « 4-2 ». Traduire que le conducteur peut parfaitement rétrograder de la quatrième à la deuxième. Les règles académiques ne riment pas avec éco-conduite.
« Tout droit. La route descend un peu, on peut lâcher l'accélérateur. » Cette fois, l'instructeur chérit les « coupures d'injection », efficaces sur tous les moteurs nés après 1992 : la cinétique du véhicule suffit à le conduire à bon port. Route de Vannes : « Voyez, on consomme zéro litre au 100 à 80 km/h. » En sixième, Christophe ne touche plus à la pédale de droite. Sans doute pense-t-il déjà aux informations délivrées par l'écogyser. A l'écran, elles seront implacables : le conducteur a roulé plus vite qu'en audit libre (39,4 km/h) et a consommé 10 % de carburant en moins (6,3 l/100 km). Il est maintenant convaincu. Reste le plus dur : désapprendre tous les enseignements de l'auto-école. W