« Une pluie de fer et de feu. » La métaphore revient souvent pour évoquer les bombardements du 16 et 23 septembre 1943, que Nantes commémore depuis une semaine. Méconnu, cet épisode de la Seconde Guerre mondiale a bouleversé le visage de la Cité des ducs. Et laissé une trace bien visible dans l'architecture actuelle du centre-ville. Il faut dire que les dégâts étaient énormes : 700 immeubles totalement détruits, 1 300 sinistrés, 2 000 à réparer.
Les quartiers Decré, Calvaire, Bretagne, Gloriette, quai de la Fosse, Sainte-Anne et Chantenay furent les plus touchés. Mais la rue de Gigant, la place Royale, la place du Commerce, le champ de Mars, Doulon ou la gare de l'Etat n'échappèrent pas aux bombes. « C'était le chaos, tout était à refaire, raconte Xavier Trochu, rédacteur-chef aux archives municipales et spécialiste de cette période. Beaucoup de familles ont préféré partir à la campagne. Des milliers d'autres ont été relogées dans des baraquements en bois ou en tôle. »
Officiellement lancée en 1948 sous la houlette de l'architecte Michel Roux-Spitz, la reconstruction de Nantes dura près de quinze ans. « On profita du drame des bombardements pour repenser une partie de la ville. Il s'agissait de former de nouvelles voies pour faire place au trafic grandissant des voitures. » L'actuelle rue du Calvaire en est un bel exemple. Détruite aux trois-quarts, elle fut élargie pour devenir un « axe de circulation prioritaire ». La rue de Budapest fut créée à cette occasion pour relier une autre « artère » tracée à l'emplacement de l'insalubre quartier du Marchix (aujourd'hui disparu). La forme actuelle de la place Bretagne se dessina au même moment : « Les immeubles écroulés n'y furent pas reconstruits. On dégagea de l'espace pour accueillir d'imposants bâtiments administratifs, où sont La Poste et la Cram. » Autre conséquence des bombardements, des cités de relogement pour sinistrés apparurent en marge du centre-ville (Chêne des Anglais, Poitou, Serpette, Contrie, Grand-Clos, etc.)
Réduits en gravats, certains lieux emblématiques ont été reconstruits à l'identique, comme la moitié Est de la place Royale, l'église Saint-Nicolas, le palais de la Bourse (actuelle Fnac) ou le cours Cambronne. D'autres ont été reconstruits selon les standards architecturaux de l'époque, à grand renfort de béton. C'est le cas de la rue de la Marne, de l'Hôtel-Dieu, du Temple protestant ou sur les quais de Loire. « L'esthétisme du centre-ville en a souffert, c'est sûr, conclut Xavier Trochu. Quai de la Fosse, il n'y a plus cet alignement ininterrompu de façades du 17e ou 18e. On a perdu cette homogénéité architecturale qui fait par exemple la beauté de Bordeaux. Mais l'urgence était ailleurs, celle de se reloger et de se relever. » W