Au CHU de Nantes, le dernier bulletin d'information de la section CGT a fait grincer des dents. Diffusée aux sept cents adhérents du syndicat et aux médias, la brochure pointe les plus beaux morceaux du patrimoine immobilier de l'hôpital public... aux prises depuis juin à un « plan de retour à l'équilibre » financier. « En période de vaches maigres, plutôt que de s'en prendre aux acquis sociaux des personnels, la direction devrait s'attaquer aux privilèges, tonne Gilles Brunot, secrétaire général adjoint de la section CGT du CHU. Tous ces bâtiments coûtent cher en rénovation, chauffage et charges diverses. Est-ce le rôle de la Sécurité sociale de payer ce genre de trucs ? Clairement, non. »
Au moins dix-huit appartements et pavillons figurent ainsi au patrimoine immobilier de l'hôpital public. La plupart de ces logements de fonction hébergent les directeurs des différents services et leurs familles, comme la loi les y autorise. « Ils peuvent aussi recevoir à la place une prime à hauteur de 10 % de leur salaire », fait remarquer Gilles Brunot, pour qui « cela coûterait moins cher au contribuable ».
Problème, le coût et la valeur de ce patrimoine immobilier demeurent pour le moins nébuleux. Sollicitée par 20 Minutes, la directrice générale du CHU n'a d'ailleurs pas donné suite sur ce point précis. « La cession éventuelle de ces actifs ne peut en aucun cas compenser durablement le déficit de gestion de l'établissement », répète simplement Christiane Coudrier, qui y voit « une fausse bonne solution ». A en croire la directrice, aucun bâtiment n'est superflu. « Tout notre patrimoine fait l'objet d'un plan de gestion rigoureux. Les logements loués permettent ainsi des rentrées d'argent dans les caisses. »
Du côté de la CGT, cette « omerta la plus complète » sur la valeur des bijoux de famille irrite au plus haut point Gilles Brunot, qui « exige un audit financier ». « C'est un peu démago de ramener le sujet sur la table aujourd'hui, raille Sylvie Moisan, du syndicat rival Force ouvrière. Le déficit de l'hôpital ne vient pas de son patrimoine, mais de la mise en place de la tarification à l'activité. Et puis, les logements de fonction restent des acquis sociaux pour des agents hospitaliers, fussent-ils directeurs. »
En attendant, selon la CGT, 600 salariés (sur 8 300) sont déjà partis du CHU dans le cadre de la « réorganisation des services » (CDD non renouvelés, départs à la retraite...). A ceux-là devraient s'ajouter quelque 200 départs volontaires. Au final, même si certains devraient normalement faire l'objet d'un « remplacement différé », l'hôpital nantais aura perdu 10 % de ses effectifs. Il accusait, en 2007, 31,5 millions d'euros de déficit. ■