Quentin Faucompré ne coince pas la bulle, il la fait disparaître. Avec Fantaisie printanière, le dessinateur nantais publie cette semaine une BD muette et absurde. Figures centrales du récit, des clones qui se promènent fièrement dans les bois. Sur leur chemin, des femmes voilées jouent à colin-maillard, des majorettes se font poignarder, un homme séquestré sort des vêtements de sa bouche.
Fantaisie printanière livre une succession de saynètes trashs et savoureuses. Une cascade d'événements sans cohérence si ce n'est, en filigrane, l'évocation de thèmes chers à l'auteur. Le jeu, qu'il soit amoureux, de massacre ou imaginaire, est omniprésent. Avec ces femmes musulmanes victimes d'un lancer de couteau, l'auteur entrecroise religion et illusion, croyance et prestidigitation. Lorsque des clones lèvent des burqas sans jamais parvenir à les faire disparaître, il raconte la difficulté de faire changer les choses. Une véritable obsession chez ce dessinateur de 28 ans : « Je déteste les affirmations et les repères. » Après Hunting, fishing, nature and traditions, sorti l'an dernier, les facéties de l'auteur maltraitent à nouveau les codes du neuvième art. « Fantaisie printanière est une sorte de feu d'artifice. Une invitation à sortir des cadres », lance Quentin Faucompré. Chaque scène remet en cause la précédente. Et l'imprévu constitue la raison d'être du récit. Avec un dessin souple, aux formes rondes et épurées, Quentin Faucompré crée des images lisibles pour mieux faire ressortir un sentiment de malaise. « L'histoire de France de Royal de Luxe m'a marqué à vie », reconnaît-il. Tout est dit : Faucompré, c'est de la provocation toute en poésie.