Nantes: Au Hangar à bananes, la sécurité pose encore question

SOCIETE Le lieu festif de la pointe ouest de l'île de Nantes a ouvert ses portes il y a dix ans...

Frédéric Brenon

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Le Hangar à bananes, quai des Antilles, à Nantes.

Le Hangar à bananes, quai des Antilles, à Nantes. — F.Brenon/20Minutes

  • Depuis l'été 2007, six clients ont trouvé la mort à l'issue d'une soirée au Hangar.
  • Les actes de délinquance sont en augmentation depuis deux ans, selon la police.
  • L'excès d'alcool rend les victimes beaucoup plus vulnérables.

Le récent décès par noyade de l’étudiant Hugo Poupet a relancé les interrogations sur les problématiques de sécurité posées par le Hangar à bananes. Depuis l’ouverture, il y a dix ans, du lieu festif de l’île de Nantes, six clients*, âgés entre 18 et 29 ans, ont trouvé la mort après une soirée passée sur le site (trois noyades, un jeune homme victime de coups, un client retrouvé inanimé dans sa voiture, un autre victime d'un arc électrique en grimpant sur un wagon voisin).

Au risque lié à la proximité du fleuve, s’ajoutent chaque week-end des faits de violences (rixes, agressions), vols à la tire (smartphones, cartes bancaires, etc.), vols à la danse ou vols dans les véhicules, rapporte la police qui constate une « augmentation des faits constatés sur ce secteur depuis deux ans ».

« La plupart des victimes sont des jeunes vulnérables »

« La plupart des victimes sont des jeunes personnes devenues vulnérables par la consommation d’alcool ou de drogues. Outre le danger qu’elles présentent pour elles-mêmes, elles sont la cible de délinquants parfois très organisés », explique Yves Costard, chef du service de commandement de la police nantaise. « La concentration d’établissements nocturnes est telle que c’est forcément un lieu d’intervention particulier », confirme Laurent Le Tallec, délégué départemental du syndicat Unsa police. « Il y a beaucoup de travail », ajoute la Protection civile 44 qui y déploie certains soirs « le même dispositif qu'en festival » et aimerait disposer d’un poste de secours « fermé et couvert ».

Parois vitrées ? Eclairage ? Présence policière accrue ?

Que faire alors ? Pour éviter d’autres chutes en Loire, les syndicats de police et certains employés suggèrent de rehausser les barrières, « par un système de parois vitrées par exemple ». « Quand un jeune escalade de lui-même la barrière, ça devient compliqué », nuance Yves Costard. « L’endroit est très apprécié des familles en journée. Boucher la vue serait contre-productif », fait remarquer le salarié d’un bar. Des voix réclament également « davantage de bouées de sauvetage » tout au long du quai.

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Pour les vols et agressions, beaucoup considèrent que le parking n’est « pas assez éclairé ». Les syndicats de police Alliance et Unsa estiment également qu’une « présence policière plus soutenue » porterait ses fruits, tout en déplorant des « effectifs insuffisants ». « Il nous manque environ 70 agents supplémentaires sur Nantes », considère Arnaud Bernard, secrétaire départemental d’Alliance. « Quand on interpelle, c’est efficace. Il n’y a que la répression qui fonctionne malheureusement », semble accréditer le commandant Yves Costard.

L’hyperalcoolisation pointée du doigt

La mairie, elle, insiste sur les dangers de l’hyperalcoolisation. « C’est la base de tout. C’est un problème très profond en Loire-Atlantique », valide Arnaud Bernard. Depuis dix ans, plusieurs mesures ont été prises en réponse à la consommation excessive : mise en place des navettes nocturnes Luciole, création des Veilleurs de soirée, contrôles renforcés des débits de boissons, obligation de déclarer en mairie un Tonus étudiant, campagnes de sensibilisation…

« On fait attention », assure un employé de bar. « Je crois que ça s’améliore au niveau de la responsabilisation », réfléchit Nicolas Bertet, porte-parole de la Protection civile. « Tout le monde est un peu responsable, avance Gilles Nicolas, adjoint au maire en charge de la sécurité publique. Les établissements sont responsables. Les amis le sont aussi. Par exemple, on ne doit pas laisser seule une personne en situation de faiblesse. »

Sollicité, le promoteur du Hangar à Bananes, Jean-Marie Nex, n’a pu être joint.

* Sans compter la disparition en Loire d'un jeune homme de 18 ans, client du Floride, à deux pas du Hangar à bananes, le 20 janvier 2007