La police mise en cause après le suicide d’un homosexuel

FAIT DIVERS – Deux associations affirment qu'un Nantais s'est donné la mort en raison du «traitement» réservé en garde à vue au commissariat central de Nantes, cinq jours plus tôt…

A Nantes, Guillaume Frouin

— 

«J’ai le sentiment que la police a fait son travail.» Yves Monard, directeur départemental de la sécurité publique en Loire-Atlantique (DDSP), ne comprend pas vraiment la polémique déclenchée ce mercredi par le Centre gay et lesbien de Nantes Atlantique (CGLNA) et un «collectif contre l’homophobie» de Montpellier (Hérault).

«Longue lettre»

Dans un communiqué, les deux associations affirment que le suicide d’un homosexuel nantais de 54 ans, le 26 septembre dernier, serait dû au «traitement» qui lui aurait été réservé en garde à vue au commissariat central de Nantes, cinq jours plus tôt. Le quinquagénaire avait été arrêté nu dans le parc de la Gournerie, un lieu public fréquenté par les homosexuels à Saint-Herblain. Il était en pleins ébats avec un autre homme, qui n’était pas son compagnon. La victime devait pour cela être jugée pour «exhibition sexuelle» le 20 novembre dernier par le tribunal correctionnel de Nantes.

Avant de se suicider, l’homme a laissé une «longue lettre aux policiers qui l’avaient arrêté», affirme le CGLNA. Il a en effet été «profondément choqué et humilié par le traitement» qu’ils lui ont réservé. L’homme s’en est par ailleurs ouvert à ses proches avant de se donner la mort, poursuit l’association.

«A ma connaissance, la garde à vue s’est bien passée», affirme pourtant Yves Monard, qui souligne par ailleurs la «fragilité psychologique» de la victime.

Le parquet se dit surpris

«Il n’allait pas très bien, n’était pas bien dans sa peau», explicite un autre policier. «Quand cet homme était plus jeune, il a dû cacher son homosexualité et devait mal vivre les brimades et les humiliations», avance-t-il. «La perspective d’un procès a dû le faire cogiter, en se disant que la presse allait en parler que ça allait être l’infamie.»

Du côté du parquet de Nantes, on se déclare également «surpris» du communiqué des deux associations. La victime n’a pas fait état au parquet de «maltraitances» particulières après sa garde à vue, explique ainsi François Touron, vice-procureur. Et «aucun élément», que ce soit dans sa lettre ou les témoignes de ses proches, «ne laisse à penser qu’il y a eu des comportements policiers inadaptés», poursuit le magistrat. Même chose dans le procès-verbal de la garde à vue.

Dans sa lettre d’adieux, la victime juge simplement «insupportable d’être présenté comme un délinquant sexuel», explique François Touron, alors qu’il niait toute volonté d’exhibition sexuelle quand il s’est fait arrêter par les policiers en VTT. «Lassé d’avoir été humilié», il a préféré «quitter ce monde d’homophobes».

Mots-clés :

Aucun mot-clé.