FC Nantes: Mais pourquoi le club a-t-il décidé de sanctionner la tribune Loire?

FOOTBALL A la suite des incidents survenus contre Toulouse, le FCN a annoncé des sanctions vis-vis-vis de certains de ses supporters...

David Phelippeau

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La tribune Loire.

La tribune Loire. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Mardi soir, à la Beaujoire, certains cadres du FC Nantes, dont Luc Delatour, directeur des opérations, et Franck Kita, directeur général délégué - ont réuni l’ensemble des représentants des associations de supporters pour évoquer les incidents survenus le 5 novembre, lors de Nantes-Toulouse. Dans « une ambiance lourde », selon un témoin, ils leur ont annoncé les mesures prises dans l’attente des conclusions de l’enquête en cours, menée par la police.

« Il y aura un avant et un après Toulouse », aurait répété à plusieurs reprises Luc Delatour. 20 Minutes tente d’expliquer ce qu’il y a derrière ces décisions drastiques et inédites dans l’histoire du club.

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Quelles sanctions ? Le FC Nantes a communiqué sur son site internet (mais pas sur les réseaux sociaux) les mesures prises. « Outre le renforcement des mesures de protection et de contrôle du public dès la prochaine rencontre, le FC Nantes a décidé que :

  • Jusqu’à nouvel ordre et dans l’attente des résultats de l’enquête aucune bâche de supporters ne pourra être déployée en tribune Loire, d’où sont venus les débordements.
  • Les animations et le matériel afférent seront proscrits. Ces mesures seront appliquées dès ce samedi, à domicile comme à l’extérieur.
  • Concernant les déplacements à venir et en prévision de possibles parcages restreints par les autorités, le mode de distribution des places sera revu. »

Puis, il a conclu : « Le club a conscience de l’impact de telles mesures sur l’ambiance mais il assume pleinement ces décisions. Elles contribuent à sa crédibilité vis-à-vis des instances sportives et des autorités. »

Pourquoi ces mesures sont-elles annoncées maintenant ? Le timing se comprend aisément. Le club nantais est convoqué jeudi soir devant la Commission de discipline de la Ligue de foot professionnel pour s’expliquer sur les incidents de Toulouse. Avant ce rendez-vous, le FCN, qui a déjà été convoqué et condamné (huis clos sur un match de la tribune Loire en 2014) en raison de soucis avec ses fans, veut montrer non seulement à la LFP, mais aussi à la préfecture, à la police et à la mairie, qu’il a pris la mesure de la gravité de ce qu’il s’est passé le 5 novembre, et qu’il a décidé de réagir en conséquence. Dans son communiqué, il explique d’ailleurs que « [les mesures] contribuent à sa crédibilité vis-à-vis des instances sportives et des autorités ».

Ces sanctions, mais jusqu’à quand ? Une enquête de police est en cours. Le FCN, le président Kita et des stadiers auraient porté plainte. Certains fauteurs de trouble ont visiblement déjà été identifiés grâce à tous les éléments visuels remis à la police. Le FCN évoque des mesures prises « jusqu’à nouvel ordre et dans l’attente des résultats de l’enquête ».

Pourquoi seule la tribune Loire est visée ? Les mesures prises concernent seulement la tribune Loire. Cette tribune, véritable cœur du stade de la Beaujoire, souvent louée pour son ambiance, ses tifos, son engouement, peut regrouper jusqu’à 7.000 spectateurs. Plusieurs associations de fans nantais y sont installées les soirs de match. Le club a décidé de sanctionner la tribune « d’où sont venus les débordements ». Comme une enquête est en cours, il ne pouvait pas (encore) cibler une association ou des personnes en particulier. Selon nos informations, une association - dont certains membres auraient participé activement aux incidents de Toulouse - est néanmoins suspectée par le club : il s’agit de  la Brigade Loire. Cette dernière est installée au cœur de la Loire et participe activement à l’ambiance de la tribune.

Quelles sont les réactions ? Sur les réseaux sociaux, c’est un déferlement de mécontentement, de colère qui s’abat.

Comme beaucoup de supporters, Céline, président de « Force Jaune », ne comprend pas « pourquoi toute une tribune est sanctionnée ? » « Beaucoup de gens n’y sont pour rien, on paie pour tout le monde », poursuit-elle. D’autres responsables d’associations, présents mardi soir, à la réunion, sont plus mesurés. « Je comprends l’émoi, estime Gilles Crinière, président d'« Allez Nantes Canaris ». Mais, comme l’enquête est en cours, le club ne peut viser personne en particulier. Le problème est collectif… »

Pour Vincent des « Corsaires Vendéens », « il s’est passé des choses pas pardonnables. On paie tout ça. » Jacky, des « Jaunes du Don », est en phase avec tout cela : « C’est dommage de sanctionner une tribune entière, mais on peut comprendre ces mesures. »

Gilles Crinière poursuit : « Le FC Nantes ne veut pas passer sur ce sujet-là. Je compatis avec les associations et gens touchés qui n’ont rien à voir avec ces voyous. Toucher à l’animation est dur à supporter, mais il est préférable que le calme et la sécurité reviennent dans ce stade. Le club a la volonté d’aller au bout de la poursuite des personnes en infraction et elle veut redémarrer sur des bonnes bases avec ses fans. » Une dernière phrase que de nombreux supporters ont beaucoup de mal à entendre visiblement…

Quelles peuvent être les conséquences dès samedi ? Boycott de la tribune Loire face à Lille samedi ? Silence pendant toute la rencontre ? Chants hostiles à la direction encore plus nombreux ? Huis clos décrété par la LFP jeudi ? Difficile de savoir ce qu’il va se passer. En attendant, le FCN s’est tiré une balle dans le pied en se privant non seulement d’un atout indéniable pour les matchs à venir à domicile, mais aussi - de manière plus générale - d’un argument commercial ( le fameux mur jaune) pour son image et sa billetterie. Mais, comme le club l’a indiqué dans son communiqué, « il assume pleinement ses décisions », et ses conséquences forcément.

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