Face à la crise, des éleveurs lancent leur propre marque de lait

AGRICULTURE Une trentaine de producteurs des Pays de la Loire et de Charente commercialisent en supermarchés depuis lundi des poches de lait originales...

Frédéric Brenon

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La chaîne de mise en caisses des poches de lait. Lancer le diaporama

La chaîne de mise en caisses des poches de lait. — F.Brenon/20Minutes

Elle apporte un vent de fraîcheur dans la profession et dans les rayons. La poche de lait de la marque « En direct des éleveurs » est en vente (0,94 euro le litre) depuis le début de la semaine dans une centaine de supermarchés U et Leclerc des Pays de la Loire. Outre son packaging original, son lait UHT riche en oméga 3, sans OGM, et sa traçabilité garantie, la nouvelle venue se distingue surtout par les hommes qui sont derrière.

Plutôt qu'une brique ou une bouteille, les éleveurs ont choisi une poche pour leur lait.
Plutôt qu'une brique ou une bouteille, les éleveurs ont choisi une poche pour leur lait. - F.Brenon/20Minutes

Pas de coopérative ou de gros groupe laitier à la baguette comme cela se fait habituellement, mais 31 éleveurs (14 exploitations) de Loire-Atlantique, Vendée et Charente qui ont décidé, en réponse à la crise du secteur, de s’unir et tout gérer eux-mêmes, de la traite des vaches jusqu’à la livraison des poches.

Ils ont pour cela ouvert fin août leur propre laiterie, à Remouillé (sud de la Loire-Atlantique), grâce, notamment, à un million d’euros de financement participatif. Et ont déjà embauché sept salariés.

Revenu correct assuré

« Avant, on donnait notre lait et on savait le mois suivant combien on était payé, raconte Jacky Gauvrit, co-gérant et associé. On ignorait ce qui se passait après, quelle marge prenaient les intermédiaires. Désormais, le producteur sait ce qu’il va gagner et pourquoi. »

Le projet, qui mise sur la transparence, promet ainsi aux éleveurs un revenu « correct » d’environ 1700 euros nets par mois, soit du lait acheté 0,40 euro le litre, là où Lactalis ne verse par exemple en moyenne que 0,27 euro. En contrepartie, « il a fallu se former à de nouvelles compétences, se remettre en question » et accepter d’allonger davantage ses journées de travail.

Les éleveurs associés au projet En direct des éleveurs.
Les éleveurs associés au projet En direct des éleveurs. - En Direct des éleveurs

« C’est une fierté d’être allé jusqu’au bout de nos idées, estime Jacky Gauvrit. Pour ne pas subir la mondialisation, il faut se montrer innovants. Mais nous ne sommes pas la solution, nous sommes une solution qui fonctionne à une petite échelle. »

Du bio, du beurre, de la crème en projets

Les premiers chiffres de vente sont encourageants. « Des magasins sont déjà en rupture de stock », confirme Fabrice Hégron, autre co-gérant. « On s’y attendait, la nouveauté attire, analyse Jacky Gauvrit. Ce qui est vraiment important, c’est le réachat. Le révélateur sera dans trois semaines. Mais nous ne sommes pas inquiets. Il y a une attente des consommateurs pour une autre approche. »

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Si le succès est au rendez-vous, la société envisage d’augmenter progressivement sa production (10 millions de litres cette année). Et d’ajouter du lait bio, de la crème et du beurre. « La réflexion avance », sourit Jacky Gauvrit.