Manifestation le 3 mai à Nantes
Manifestation le 3 mai à Nantes - L. Venance/ AFP

Quatre points de suture et un choc psychologique « dont il faut se remettre ». Voilà le bilan de la manifestation du 20 avril dernier pour Olivier. Opposé à la loi travail, ce Nantais de 35 ans raconte avoir reçu un tir de lanceur de balle de défense (LBD) à l’arrière du crâne, alors que le cortège dont il faisait partie avait rejoint le parvis des Nefs, encerclé par les forces de l’ordre.

« Personne ne savait plus trop où aller. Il y avait de la provocation des deux côtés, mais moi je n’ai pas fait le choix d’actions violentes », assure le trentenaire. Une balle en caoutchouc heurte sa tête. « Je saignais abondement mais les policiers n’ont pas facilité l’accès des secours. On m’a empêché de passer et soumis à un interrogatoire pendant dix minutes. J’ai ensuite marché un kilomètre avant de pouvoir rejoindre les pompiers. »

Olivier et d'autres membres de l'assemblée des blessés
Olivier et d'autres membres de l'assemblée des blessés - J. Urbach/ 20 Minutes

Un numéro de téléphone pour les manifestants blessés

Alors que le patron de la police a récemment déploré « la sauvagerie » de certains casseurs, 67 blessés auraient déjà été recensés du côté des forces de l’ordre. Mais les langues se délient du côté des opposants. Comme Olivier, des dizaines d’entre eux se disent victimes de violences policières lors des nombreux défilés qu’a connus Nantes depuis le début de la mobilisation.

Une « assemblée des blessés » s’est d’ailleurs constituée pour recueillir des témoignages, via un numéro de téléphone dédié. « Nous en avons déjà cumulé une vingtaine mais il y a une véritable omerta, explique Emmanuelle, porte-parole du collectif, et maman du jeune homme qui avait perdu un œil en 2007, à cause d’un tir de flashball. C’est très difficile de témoigner. »

Cinq plaintes déjà déposées

Le collectif, qui s’appuie sur un récent rapport de l’ACAT soulevant un risque d’impunité des forces de l’ordre, demande notamment un changement des pratiques avec l’interdiction des LBD et grenades de désencerclement. Il dénonce leur « utilisation inconsidérée », mais aussi des « insultes sexistes », et décrit une « situation sans précédent ».

« Il faut arrêter d’utiliser ces armes, surtout que ça ne marche pas pour limiter la casse », ajoute Katell, membre de l’équipe médicale de Nuit Debout, qui parle « de blessures à chaque défilé, au moins des contusions et des brûlures ».

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Alors que l’IGPN a été saisie fin mars pour le cas de l’un d’entre eux, la démarche vise aussi à s’organiser pour mener une action juridique commune. « Au moins cinq plaintes ont déjà été déposées mais nous travaillons à une action collective pour qu’elles ne soient pas classées sans suite, rapporte Emmanuelle. Les courriers envoyés jusque-là au procureur sont restés sans réponse. »

Ce mercredi soir, dans un communiqué, le préfet de Loire-Atlantique a de nouveau salué «un engagement remarquable et une maîtrise professionnelle absolue» des forces de l'ordre. «Leur tâche est redoutablement complexe lorsqu’une minorité violente accompagne des cortèges de manifestants pacifiques.»

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