PROCES - A Nantes, Jean-Français est accusé d'avoir voulu asphyxier son fils de 9 ans...
Un passé pas simple. Accusé d’avoir voulu asphyxier son fils de 9 ans lors de l’une de ses tentatives de suicide, Jean-François, 52 ans, a pu lever le voile jeudi, au premier jour de son procès, sur de lourds secrets de famille. Et leurs incroyables et inextricables conséquences.
Tout commence dans sa prime enfance. Jean-François grandit au milieu de trois frères, dont l’un d’entre eux – Pascal – est en réalité... le fils du voisin, un certain Eugène Flopin*. Pendant trente ans, ledit voisin a été l’amant de la mère de Jean-François. Le couple illégitime se cache à peine: Jean-François se souvient, par exemple, avoir vu le voisin «sortir nu du lit de (ses) parents».
Un frère qui se crève les yeux
Surtout, Flopin se montre violent envers les enfants de sa maîtresse. «Il me frappait», reconnaît Jean-François, qui se refuse en revanche à parler de la «fellation» qui lui aurait été imposée par le voisin. Celle-ci a pourtant été mentionnée par les enquêteurs.
De son côté, le père de Jean-François éduque tant bien que mal Pascal, ce fils qu’il sait illégitime. «Mon père lui avait craché dessus quand il était dans sa poussette», se rappelle l’accusé. Au final, l’enfant mal-aimé devenu schizophrène multipliera les tentatives de suicide. Après s’être crevé les yeux, Pascal s’étranglera avec son pantalon de pyjama, lors d’un internement en 1999 à l’hôpital Saint-Jacques.
Rattrapé par son passé
De son côté, Jean-François va au fil des ans s’éloigner de ce ménage à trois, plus ou moins assumé. Il fait alors de brillantes études: après avoir passé son diplôme d’ingénieur à l’Ecole centrale de Nantes, il obtient le Capes puis l’agrégation en sciences physiques. Il rencontre aussi Marie-Pierre, avec qui il aura deux enfants.
C’est alors que le passé va le rattraper à vitesse grand V. Alors qu’il enseigne dans un collège nantais, Jean-François fait la rencontre de l’une de ses collègues, Christine P. Après plusieurs années, les deux quittent leurs conjoints respectifs pour vivre ensemble.
Christine vient alors avec son fils Jérôme (2), qui porte le nom de... Flopin. Et pour cause: le premier mari de Christine était le fils légitime de Eugène Flopin, l’ancien voisin. De fait, et en connaissance de cause, Jean-François va éduquer le petit-fils de celui qui a «fait tant de mal à sa famille»!
«J’aurais pu écrire un livre, personne ne m’aurait cru»
Un scénario invraisemblable, mais pourtant bien réel. «J’aurais pu écrire un livre, personne ne m’aurait cru», confesse l’accusé. «Christine était la seule femme de Nantes avec qui il ne fallait pas que j’ai d’enfant, et pourtant ça a été le cas».
Les choses vont se gâter quand Jérôme va devenir adolescent. «En grandissant, il prenait les mêmes traits que son grand-père, raconte Jean-François. Quand il criait, j’entendais crier Eugène Flopin.»
Les tensions entre l’ado et son beau-père ont finalement raison du couple, quand la mère prend fait et cause pour son fils. Ne supportant pas la séparation, Jean-François va alors tenter à son tour de se suicider, le 5 novembre 2003, et d’entraîner avec lui dans la mort le fils qu’il a eu avec Christine. Finalement, le père et l’enfant survivront.
* Hormis celui de l’accusé, tous les noms et prénoms ont été modifiés.
Guillaume Frouin