Romain Gaudin (au centre) de la BL.
Romain Gaudin (au centre) de la BL. - F. Elsner / 20 Minutes

Depuis cinq ans, Romain Gaudin fait chanter la Brigade Loire. Il est à 25 ans le capo du plus gros groupe de supporters du FCN. Dimanche, sur une des banderoles dévoilées lors de la rencontre entre Nantes et Monaco, ce message : « Avec des interlocuteurs interdits de stade, comment allez-vous faire pour dialoguer ? ». Un coup de gueule du porte-parole nantais.

Pourquoi avoir déployé une banderole sur les interdictions de stade dimanche à la Beaujoire ?

Début février, j’ai été convoqué au commissariat de Nantes. On m’a reproché de ne pas avoir respecté un arrêté ministériel lors du match à Lorient en décembre dernier (0-0). Je risque maintenant une interdiction de stade pour une fausse raison. Ça énerve beaucoup le groupe. On a pensé à cette banderole pour faire passer un message.

Que s’est-il passé à Lorient ?

Dans le contexte de l’état d’urgence, on savait que le déplacement à Lorient allait être interdit. Des arrêtés ont été pris. On a donc annulé le déplacement prévu mais beaucoup de supporters nantais se sont rendus au stade de manière indépendante. Certains avaient des maillots alors que ce n’était pas autorisé, d’autres comme moi ne portaient aucun signe distinctif. Tout le monde est rentré dans le stade, ça n’a pas posé de problème. Les gens se sont regroupés spontanément dans une tribune où il y avait de la place avec l’accord de la police et des stadiers sur place. On nous a expliqué qu’on pouvait se mettre à cet endroit, chanter, à condition de ne pas gêner le reste de la tribune. A partir de ce moment-là, j’ai joué mon rôle habituel. J’ai lancé les chants, tout s’est très bien passé.

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Vous étiez malgré tout conscient d’être en infraction par rapport à cet arrêté ?

Oui et non. On savait qu’on n’avait pas le droit de se déplacer en masse. Mais vu la tolérance et le laxisme autour du stade, on s’est dit que ça ne posait pas de souci. Les gens avec des écharpes de Nantes ne posaient pas de problème, qu’on se regroupe non plus. On s’attendait à des contrôles d’identité à la sortie du stade. Mais même pas. On n’a jamais pensé qu’il pouvait y avoir des suites.

Une des banderoles déployées par la Brigade Loire lors du match entre Nantes et Monaco, le 28 février 2016.
Une des banderoles déployées par la Brigade Loire lors du match entre Nantes et Monaco, le 28 février 2016. - Brigade Loire

Que vous a-t-on reproché au commissariat de Nantes ?

De ne pas avoir respecté cet arrêté, d’avoir organisé tout ça alors que ce n’est pas du tout le cas. Je me suis très vite rendu compte que c’était une affaire d’ego. La DNLH [Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme] a été vexée que des supporters nantais n’aient pas respecté l’interdiction. J’ai reçu ensuite une convocation au tribunal pour le 23 juin. Je risque une interdiction de stade qui peut monter jusqu’à cinq ans je crois, une amende, voire de la prison avec sursis parce que j’ai chanté « Allez Nantes » dans un stade où tout s’est bien passé. Sur les 200 supporters nantais présents à Lorient, ils me visent moi parce qu’ils savent que je suis un des porte-paroles du groupe. Interdire de stade le capo de la tribune, c’est un moyen détourné de taper sur la Brigade Loire.

Que craignez-vous lors ce procès ?

Surtout l’interdiction de stade. Ça fait 15 ans que je viens à la Beaujoire, douze ans que je suis à la Brigade Loire. Je n’ai jamais eu le moindre souci avec la justice. On parle quand même d’une sanction pénale, avec tout ce que ça peut engendrer. Je n’ai pas envie d’être sanctionné pour une fausse affaire alors que je fais en sorte depuis des années que tout se passe bien avec le club, avec la police. Je suis un interlocuteur crédible pour eux. Est-ce que quelqu’un d’autre voudra jouer le rôle que j’ai, en voyant les conséquences que ça peut avoir ?

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Regrettez-vous d’être allé à Lorient ?

Non pas du tout. Ce n’est pas comme si je m’étais jeté dans la gueule du loup, en organisant un bus par exemple. Si ça n’avait pas été Lorient, ils auraient trouvé autre chose. On a en tout cas prouvé que ça pouvait bien se passer même sans la présence de policiers. C’est la preuve que tout ce système répressif n’est pas destiné à enrayer la violence, mais bien à museler les associations.

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