Une trentaine de jeunes agriculteurs sarthois sont allés rencontrer le ministre de l'Agriculture directement à son domicile au Mans.  AFP PHOTO / J-F MONIER
Une trentaine de jeunes agriculteurs sarthois sont allés rencontrer le ministre de l'Agriculture directement à son domicile au Mans. AFP PHOTO / J-F MONIER - AFP

La visite surprise, dimanche soir, d’une trentaine de jeunes agriculteurs sarthois au domicile du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a été l’une des actualités les plus commentées sur les réseaux sociaux ce lundi. Il faut dire que cet échange à bâtons rompus, en pleine rue du Mans, avec un ministre dépourvu de costume-cravate, est pour le moins atypique. Nicolas Champion, éleveur de 23 ans basé à Saint-Georges-du-Rosay (Sarthe) raconte les coulisses de cette action.

« On en avait vraiment ras-le-bol de notre situation, on voulait faire une action qui marque. On a donc décidé vendredi soir d’aller rendre visite à notre ministre. Un dimanche, pour avoir une chance qu’il soit là. On voulait pouvoir lui dire des choses en face-à-face. Qu’il se rende compte à quel point on n’en peut plus sur nos exploitations. »

« Aucun policier n’est intervenu, ça nous a surpris »

Encore fallait-il trouver l’adresse de Stéphane Le Foll et ne pas se faire repérer. « On s’est renseigné auprès de connaissances qui sont dans le syndicat. On est allé voir discrètement avant où c’était pour être sûrs. On avait une heure de route à faire avec une dizaine de tracteurs. Aucun policier n’est intervenu, ça nous a surpris. Les forces de l’ordre sont arrivées après. »

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Sur place, vers 19h45, l’accueil du ministre est plutôt froid. « Il a vu qu’il y avait du mouvement devant chez lui et il est sorti, on n’a pas eu à sonner. On avait emporté un cercueil, une banderole et un faux mannequin qu’on a pendu près de sa porte. Il ne s’attendait pas à nous voir et, clairement, il n’a pas trop apprécié. Il râlait : «pourquoi vous venez m’emmerder un dimanche alors que je suis en famille». On lui a répondu que, nous, on est au travail tous les week-ends. »

« Il connaît bien son sujet, y’a pas de souci là-dessus »

Le ton s’est calmé et une « discussion constructive » s’est alors engagée, sous le regard de quelques journalistes, de passants étonnés et « des voisins aux fenêtres », tandis que la police bloquait la rue. « On a parlé normes, marges, grande distribution, salaires. Le ministre nous a beaucoup écoutés. Il a donné ses arguments aussi. Ce n’était pas facile parce qu’il a du bagou, du répondant. Mais on n’avait pas du tout de gêne avec lui, il était très ouvert. Il connaît bien son sujet, y’a pas de souci là-dessus. »

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Au bout d’une heure et quart, les jeunes agriculteurs s’en sont allés. « Il nous a tous serré la main et a promis d’aller rendre visite à deux jeunes camarades du canton en difficulté. Peut-être que cette action n’aura pas d’effet. Mais on ne regrette pas d’avoir essayé. Nous sommes dans une impasse. Il faut que ça bouge et vite. »

Interrogé à ce sujet lors de sa venue à Rennes lundi, le ministre de l'Agriculture a jugé que «ce n'était pas la bonne méthode» mais qu'il «était là pour dialoguer».

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