Le surmenage n'épargne pas les chefs d'entreprises.
Le surmenage n'épargne pas les chefs d'entreprises.

arnaud boularand

C'est une première en Europe. Ce soir, à Montpellier, une chaire universitaire dédiée à la santé des patrons sera inaugurée. Le professeur Olivier Torres enfilera la toge à la faculté d'AES (Administration économique et sociale) à Richter.
Depuis plus de dix ans, cet agrégé en management planche sur le bien-être des dirigeants de PME, « parce que, avec la gestion de proximité – l'absence de mise à distance avec les employés –, le patron est en première ligne ». « Je suis parti de l'existence de suicides chez les dirigeants », pose le chercheur, qui publie en 2009 une tribune intitulée: « La souffrance patronale ». « Ils ont une meilleure santé que les ouvriers, mais lorsqu'ils craquent, ils tombent plus bas », souligne celui qui dirige, depuis 10 ans, l'Observatoire Amarok, dédié à la santé des petits patrons.

La règle des trois « d »
Avec son équipe, Olivier Torres a questionné 380 dirigeants et récolté 300 000 données. Les résultats seront publiés dans un an, mais les chercheurs ont déjà mis en évidence les problèmes d'alimentation (« le fameux cholestérol commercial »), d'alcoolisme ou la relation à la médecine . « Il va voir un médecin uniquement s'il a rendez-vous avec son banquier », note Olivier Torres. Et d'ajouter : « Cela provient de l'idéologie du leadership: il est interdit de parler de ses faiblesses. »
Les autres risques du métier découlent de la surcharge de travail : stress, perte de sommeil, déséquilibre personnel… Qui mènent parfois à la règle des trois « d » : divorce, dépression, dépôt de bilan.

À la recherche du bonheur

Pour éviter la sinistrose, Amarok donne des clés de sortie de crise pour les patrons : savoir déléguer, communiquer pour rompre l'isolement, chercher du réconfort parmi ses proches, faire attention à son alimentation… « Etre dirigeant, c'est choisir sa contrainte et ne plus la subir. C'est au contraire salutaire  », conclut le professeur Olivier Torres.