Michel Crespy et Georges Frêche, sur le plateau de 7LTV lors des régionales en mars.
Michel Crespy et Georges Frêche, sur le plateau de 7LTV lors des régionales en mars. - 7ltv

Recueilli par caroline rossignol

Pour 20 Minutes, l'universitaire Michel Crespy décrypte les enjeux de la succession de Georges Frêche. Selon lui, la vie politique locale devrait se « normaliser », en l'absence d'héritier incontestable.

Comment décririez-vous

la personnalité du président

de région?
C'est une personnalité complexe. Il pouvait avoir plusieurs visages. Il y avait un conflit constant entre son caractère et son intelligence. Tantôt c'est l'un qui prenait le dessus, tantôt c'est l'autre. C'est quelqu'un qui vivait entouré de poignards, de trahison. Est-ce que c'est le contexte particulier de la vie politique des années 70 qui l'a formé comme cela, je ne sais pas. Toujours est-il qu'il se méfiait de tout le monde. Quand il s'est fait opéré en mai dernier, il a dit « Je laisse les affaires à François Delacroix [son bras droit], c'est le seul en qui j'ai confiance à 90 % ».

Quel type de fonctionnement

avait-il instauré?
C'est quelqu'un qui centralisait énormément. C'était un homme de réseaux. Il avait constitué un maillage qui allait au-delà des frontières naturelles politiques : certains hommes de droite étaient plus proche de lui que des hommes de gauche. Avec sa mort, le réseau Frêche est pulvérisé. Il n'a pas organisé sa succession. Et puis, il n'a pas d'héritier naturel. On ne retrouvera pas un homme providentiel pour prendre sa succession.

Qu'est-ce que cette fin de règne implique pour le territoire languedocien ?
Etre « pro » ou « anti-Frêche » comme aujourd'hui n'aura plus de sens. Le jeu va se reconstituer avec un fonctionnement plus habituel. Les gens comme Alary, le président du conseil général du Gard ou Bourquin, le président du conseil général des Pyrénées-Orientales vont se désolidariser. Ils étaient fidèles à un homme, pas à un clan. On n'aura plus le poids de l'homme qui prenait toute la place. Cela prendra du temps avant que l'on se rende compte du changement. Dans un premier temps, les successeurs diront qu'il respecteront le travail commencé par Georges Frêche. Il se placeront dans sa lignée et se montreront soudés les uns vis-à-vis des autres. Cela va durer trois mois et dans un an ou deux, on ne reconnaîtra plus le paysage.

Quel successeur à la région

et à l'agglomération ?
Il faut changer le président de région et d'agglomération. A la région par exemple, cela implique de reconstituer la liste : pour cela, il faut que celui qui suit le dernier colistier remonte sur la liste. Autrement dit, un nouvel élu va intégrer le conseil régional, qui doit être au complet afin de procéder à une nouvelle élection du président. Le groupe majoritaire va se réunir pour désigner un candidat. Il sera soumis à un vote lors d'une session extraordinaire du conseil. Cela vaut aussi pour l'agglomération.