Nicolas Guyonnet et Caroline Rossignol

eorges Frêche, qui est devenu maire de Montpellier en 1977 et président de la région en 2004, a imprimé sa marque sur la vie locale pendant plus de trente ans. Des Montpelliérains de tous les horizons réagissent à sa mort.

Un ancien étudiant

Un patron de bar
Sauveur Tortorici est le responsable du bar Le Richter. « Il se dit de tout au bar. Parmi nos clients, il y a beaucoup de gitans. Je peux vous dire que la communauté gitane est inquiète. Frêche, c'était leur parrain… enfin, pas dans le sens mafieux du terme, disons plutôt, leur tuteur. Il a fait beaucoup pour eux. Mais moi, je ne suis pas surpris par la disparition de Frêche. Il était en sursis, tout le monde le savait. Les gens sont attristés, on reconnaît le grand maire qu'il était même si l'homme n'était pas facile. »
Un agent administratif

La communauté gitane
Yaka Maraval est le délégué national de l'Union française des associations tsiganes. « Je suis né en 1973 dans des cabanes en bois à la Cité Monteberou. En 2000, il nous a construit 90 logements rue des Marels. Il a tenu ses engagements et nous les Gitans, on est des gens de paroles. Il avait ses défauts mais c'était un homme droit, juste. Regardez ce qu'est la cité Gély aujourd'hui! Grâce à lui, il y a 30 à 40 % de Gitans qui bossent chez Nicollin. »

La communauté musulmane
Nourredine Bougandoura est président de l'association de l'alliance musulmane de Montpellier. « Il a embauché de nombreux musulmans à la mairie, à l'agglo et à la région. Il nous a également permis d'avoir deux grandes salles de prière. Nous sommes très affectés. Il sera difficilement remplaçable ».
Mohamed Boukrit, de la Plateforme Citoyenne, est plus mesuré. « Au-delà du grand bâtisseur d'Antigone, son engagement a marqué dans les quartiers populaires de Montpellier par ses nombreux dérapages verbaux ainsi que par une politique volontariste et clientéliste, en particulier à travers la gestion des lieux de culte musulmans et du milieu associatif. »

La communauté gay
Vincent Autin est le président de la Lesbian and Gay Pride. « Il était un grand défenseur des droits LGBT. Il a bâti une ville de tolérance qui est devenue l'une des villes les plus gay-friendly de France, une référence et un modèle de réussite pour les LGBT. Nous perdons l'un de nos plus grands militants, une grande gueule qui n'aura laissé personne indifférent, un homme dont l'empreinte aura marqué à tout jamais les valeurs républicaines que nous défendons. »
A l'UMP
Arnaud Julien est le président héraultais de l'UMP. « Il y a une page de l'histoire de notre région qui se tourne. Je garderai le souvenir d'un homme qui a fait exploser Montpellier, qui lui a permis d'être une mégapole. Mais je ne le connaissais pas personnellement. »
Quant au député UMP Jacques Domergue, il considère que « ce voyage en Chine, dont il revenait tout juste, n'était pas une bonne idée. On savait qu'il était fatigué. J'avais beaucoup de respect pour lui, que j'ai battu pendant les élections, ce qu'il n'a jamais digéré. Il se voyait ministre de l'intérieur du temps de Jospin, mais c'était un baron local. »

Le meilleur ennemi
Le maire de Grabels René Revol (Parti de Gauche) a été son challenger déçu, lui qui a fait alliance avec Mandroux (PS) et Roumégas (Verts) au second tour des régionales 2010. « Il a été un grand maire de Montpellier, mais c'est entaché par une fin de règne mégalomane. J'espère que les gens seront assez intelligents pour faire la distinction. »
Le meilleur ami
Robert Navarro, ex-secrétaire fédéral du PS héraultais, a été son complice pendant 22 ans. « Il n'a pas fait que bâtir des édifices, il a aussi bâti une race d'hommes capables de bâtir la politique du Languedoc-Roussillon. Il y en a un par siècle comme ça. Il est parti dix ou quinze ans trop tôt. »

un nouveau livre sur Georges Frêche

Tout comme le livre d'Hélène Mandroux, il devait sortir le 28 octobre. La distribution d'un « Journal d'une curée de campagne », de Gérard Laudinas, est donc avancée. Il revient sur le statut de « victime » dont use Frêche pour « déployer ses talents populistes » lors des régionales, jusqu'à la victoire.