Georges Frêche a commencé sa vie politique en tant que maire de Montpellier en 1977. En 2004, il est élu président du conseil régional. Un mandat renouvelé en mars 2010 jusqu'à dimanche dernier, où il est foudroyé à l'hôtel de région par une crise cardiaque.
Georges Frêche a commencé sa vie politique en tant que maire de Montpellier en 1977. En 2004, il est élu président du conseil régional. Un mandat renouvelé en mars 2010 jusqu'à dimanche dernier, où il est foudroyé à l'hôtel de région par une crise cardiaque.

Caroline rossignol

Il ne laissait pas indifférent. Détesté ou adulé, le président de la région Languedoc-Roussillon bénéficiait d'une notoriété nationale acquise à coup de phrases choc. A Paris, il était perçu comme l'un des seuls hommes politiques à violer le tabou du politiquement correct sans passer pour un populiste. Mais à Montpellier, il était l'homme de terrain. « Le bâtisseur », ainsi que l'ont décrit Hélène Mandroux, le socialiste frêchiste Philippe Saurel ou encore l'UMP Jacques Domergue. Elu président de la région en 2004, sa première bataille est symbolique : transformer le Languedoc-Roussillon en Septimanie. Levée de boucliers des habitants du Roussillon qui ne se retrouvent pas dans cette nouvelle appellation. Un pas de danse et Georges Frêche transforme le concept en marque commerciale : « Septimanie, la griffe du soleil ». Une campagne d'un montant colossal dénoncée par l'opposition qui avance alors le chiffre de 10 % du budget de la région (100 millions d'euros). Crispations encore, lorsqu'il s'agit de la politique fiscale. La taxe professionnelle était notamment passée de 2,6 % en 2004 à 4,30 % en 2009, tandis que le foncier bâti augmentait dans le même temps de 2,55 à 4,86 %. « Sur toute sa mandature, les taux ont bondi de presque 160 % », s'indignait alors son prédécesseur à la région, l'UMP Jacques Blanc. Mais pour le Tarnais, n'était-ce pas là « le B-A-BA de la politique ? Deux ans d'impopularité, deux ans de calme, deux ans favorables avec des fleurs et des petits oiseaux, et vous êtes réélu : tout cela est d'une facilité déconcertante. »

Le « Néron de Septimanie »
Finalement, ses deux plus grandes victoires auront été d'avoir pulvérisé en 2004 dans les urnes Jacques Blanc, indéboulonnable président de région, à 51 % contre 33 %, puis d'avoir vaincu seul en mars dernier l'arsenal de guerre dégainé par Solférino avec Hélène Mandroux. « Si je suis réélu, je serai le seul homme politique à l'être sans l'aide d'un parti », disait Georges Frêche devant un Zénith plein à craquer lors de son dernier meeting de campagne. Son plus grand regret aura sans doute été de n'avoir jamais existé politiquement à Paris. Il aurait pu, s'il avait été mitterrandiste. Une amertume qui a laissé une empreinte jusqu'à l'hôtel de région où la plus petite des salles fût baptisée François-Mitterrand. Faute de place sur l'estrade nationale au moins aura-t-il joué un rôle sur la scène médiatique, usant de son talent de provocateur. Son dernier fait d'armes : la commande d'une sculpture de Staline. La France a eu les yeux rivés sur Montpellier… et sur lui. Et le « Néron de Septimanie », comme le surnommait Jean-Luc Mélenchon, d'appeler de ses vœux : « Si, quand je serai mort, il y a des gens qui veulent me faire une statue, je n'ai qu'un vœu, être à cheval, et sans étriers ! »