VIDEO. Gard: Des archéologues découvrent une mosaïque vieille de 20 siècles

PATRIMOINE Un bras-de-fer s’est engagé entre la région et un collectif d’habitants d’Uzès pour que ces vestiges soient conservés sur place. Un internat et une cantine doivent être construits ici…

Nicolas Bonzom

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Un archéologue en pleine découverte de la mosaïque d'Uzès.

Un archéologue en pleine découverte de la mosaïque d'Uzès. — Denis Gliksman, Inrap

Régulièrement, dans la région, les fouilles préventives obligatoires avant chaque grand chantier d’aménagement réservent leur lot de surprises. A Murviel-lès-Montpellier, dans l’Hérault, la future construction d’un lotissement a par exemple permis de mettre au jour ces derniers jours les vestiges d’un sanctuaire gallo-romain de quelque 4.000 m2.

Mais à Uzès, dans le Gard, les Indiana Jones de l’Inrap, l’Institut national de recherches archéologiques préventives, ne s’attendaient pas à la découverte d’un tel trésor.

Le site de l'ancienne gendarmerie, qui va accueillir un internat et une cantine.
Le site de l'ancienne gendarmerie, qui va accueillir un internat et une cantine. - Denis Gliksman, Inrap

« Une réelle surprise »

« Ce fut une réelle surprise », confie Philippe Cayn, l’archéologue chargé des fouilles. Ici, sur le site d’une ex-gendarmerie, où vont être aménagés un internat et une cantine pour deux lycées du coin, lui et son équipe sont tombés nez à nez en grattant le sol avec des mosaïques, dans un état de conservation exceptionnel, rare par sa taille : 60 m2. « Nous ne connaissons qu’une seule mosaïque de cette grandeur dans le Sud ».

 

Cette œuvre étonnante, qui aurait pu être réalisée entre 50 et 0 avec J.C., laisse notamment apparaître de nombreux motifs géométriques ainsi qu’un médaillon central entouré d’animaux : un hibou, une biche, un canard et un aigle.

Un motif de cheval découvert sur la mosaïque à Uzès.
Un motif de cheval découvert sur la mosaïque à Uzès. - Denis Gliksman, Inrap

De nombreuses autres constructions

« Nous nous doutions qu’Uzès avait une origine romaine, mais nous n’en connaissions pas grand-chose, reprend Philippe Cayn. Jusqu’ici, il y avait eu quelques découvertes de fragments de mosaïque, mais très anciennes, et isolées. Lorsque nous sommes arrivés, nous ne savions absolument pas ce que nous allions découvrir sur place. »

L’actuel chantier de 4.000 m2 a également permis de mettre au jour des constructions et autres maçonneries, des vestiges datés de l’époque républicaine (Ier siècle avant notre ère) à la fin de l’Antiquité (VIIe siècle), et, pour certains, du Moyen-Âge.

La conserver sur le site ? C’est non, dit la région

« Cette découverte peut tout changer dans les recherches historiques sur la ville d’Uzès, reprend l’archéologue. On peut désormais arriver à comprendre comment étaient organisés les rues, les axes circulation, comment étaient positionnées les habitations… »

La mosaïque découverte à Uzès.
La mosaïque découverte à Uzès. - Denis Gliksman, Inrap

Oui, mais voilà : maintenant, on en fait quoi de cette découverte ? Carole Delga (PS), présidente de la région Occitanie, qui a investi 12 millions d’euros dans la réalisation de l’internat et de la cantine, exclut qu’elle reste ici. Cette découverte « se situe au cœur d’un projet architectural et d’un bâti urbain contraints, avec des règles de sécurité et d’accessibilité notamment pour les pompiers, qui rendent impossible le maintien et la préservation de ces vestiges in situ », notent les services de la région.

Une pétition de plus de 3.000 signataires

Le comité de quartier Charles-Gide ne l’entend pas de cette oreille. Le collectif a lancé un combat pour que ces vestiges restent là où ils sont. « Aura-t-on l’audace de briser cette chaîne historique, en anéantissant la cité dont elle est à origine, pour laisser la place à d’incongrus bâtiments en béton devant servir à abriter cuisines, réfectoire et quelques chambrées qui peuvent trouver leur place dans un autre lieu situé à proximité ? », s’exclame l’association. Leur pétition rassemble plus de 3.000 signatures.

« Ces mosaïques [seront] sauvegardées et accessibles à tous, tente de tempérer Carole Delga. Je mettrai tout en œuvre pour préserver et valoriser ce patrimoine en lui consacrant un lieu dédié à Uzès. » « La mosaïque sera prélevée de façon méthodique, pour ne pas être abîmée, elle sera restaurée, en intégrant les parties manquantes, confie Philippe Cayn. Même si elle restait sur place, elle serait prélevée pour être restaurée. Mais une découverte qui reste sur place dans ce cadre-là, c’est rare. »

Forts de cette première découverte, les archéologues viennent d’engager les fouilles dans un nouveau secteur de site. Et ils ne sont pas à l’abri de mettre encore le doigt sur quelque chose d’épatant. En attendant, les visiteurs sont invités samedi et dimanche (10h-17h) à venir découvrir cette mosaïque. Vieille de plus de 20 siècles.