A la SPA de Montpellier, on vit très mal les accusations de Rémi Gaillard

ANIMAUX Le Montpelliérain au 1,6 milliard de vues sur Youtube assure être en train de rassembler des preuves sur des dysfonctionnements au sein du refuge…

Nicolas Bonzom

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Rémi Gaillard, dimanche, dans sa cage.

Rémi Gaillard, dimanche, dans sa cage. — J. Diesnis / Maxele Presse

Entre Rémi Gaillard et la SPA de Montpellier, située à Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), la hache de guerre est (très) loin d’être enterrée… Sur les réseaux sociaux, le Montpelliérain au 1,6 milliard de vues sur Youtube pointe du doigt, depuis de nombreuses semaines, certains dysfonctionnements au sein de la structure.

« Après enquête sur les euthanasies, je me demande si la mère Michel n’habitait pas à côté de la SPA de Montpellier », écrit-il le 17 janvier sur son compte Twitter, ou « Je ne dis pas que la SPA de Montpellier maltraite les animaux, je dis juste que je n’aimerais pas me réincarner en chien, et finir dans ce refuge », dimanche. Des accusations qui font suite à d’autres, publiées le 5 janvier, sur le plan administratif cette fois-ci.

« Victimes d’une injustice »

Tout avait pourtant bien commencé entre le refuge Noé et le Montpelliérain : en novembre, l’humoriste s’enfermait pendant quatre jours dans une cage, et parvenait à réunir plus de 200.000 euros et à faire adopter des dizaines d’animaux. Depuis, une guerre froide s’est instaurée entre les deux parties, avec en fond, un désaccord profond sur les projets d’aménagement qui vont naître de l’argent collecté lors du défi.

A Villeneuve-lès-Maguelone, la vingtaine de salariés, bénévoles et membres du conseil d’administration que 20 Minutes a rencontré ce lundi n’en peuvent plus. Réunis dans la salle de repos du refuge, ils se disent « victimes d’une injustice », « impuissants » face aux millions de fans de Rémi Gaillard, et rejettent ses accusations.

« On fait tout notre possible »

« On vit cette histoire très mal, confie Catherine, qui travaille ici depuis quatre ans et qui s’occupe notamment des soins. Ce qui se dit sur les réseaux sociaux ne correspond absolument pas à la réalité de ce qu’il se passe dans le refuge… On fait tout notre possible, à tous les niveaux, pour soigner les animaux… On en récupère dans des états monstrueux, on les soigne, pendant des mois, avant de les proposer à l’adoption… Ce refuge, il correspond en tout point à l’amour que l’on porte aux animaux. »

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Des cas de maltraitance ? Jamais, répond l’équipe du refuge. « Les box sont nettoyés, désinfectés, plusieurs fois par jour, note Yazid, salarié depuis cinq ans. On nous porte des chiens accidentés, on s’en occupe, on les sort, on les amène en balnéothérapie… »

Des euthanasies, oui, mais « justifiées »

Quant aux euthanasies, il n’y a sûrement pas de quoi pointer du doigt le refuge, assure une bénévole : « Les euthanasies, il y en a, mais elles sont évidemment justifiées. Certains animaux nous arrivent dans un état très très grave, on ne peut rien faire. Mais il n’y en a pas plus ici qu’ailleurs, il y en a même beaucoup moins. »

Un chat, installé provisoirement dans un box habituellement dédié aux chiens, à la SPA de Montpellier.
Un chat, installé provisoirement dans un box habituellement dédié aux chiens, à la SPA de Montpellier. - N. Bonzom / Maxele Presse

« Les euthanasies ne se font pas au petit bonheur la chance, ni pour gérer la population surabondante du refuge, reprend Guy Deldem, président du syndicat des vétérinaires de l’Hérault, qui intervient à la SPA de Montpellier. Une euthanasie n’est faite que si trois vétérinaires ont donné un avis favorable. Ce sont bien souvent des cas de maladies incurables ou des animaux irrécupérables sur le plan sanitaire ou comportemental. »

Rémi Gaillard rassemble « des preuves »

« Le personnel se sent critiqué et menacé, et ça, je ne peux pas l’accepter, note Annie Bézénech, la directrice du refuge. Jeter l’opprobre sur une structure comme la nôtre, qui fait un travail de qualité, c’est ignoble. » Et les salariés, bénévoles et membres du conseil d’administration de renvoyer à un audit, commandé récemment par la métropole, qui n’a rien vu à redire au fonctionnement de la SPA de Montpellier…

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De son côté, Rémi Gaillard persiste et assure poursuivre ses investigations. Joint ce lundi par 20 Minutes, le Montpelliérain confie être en train de rassembler « des dizaines et des dizaines » de preuves pour démontrer qu’il y a bien de graves problèmes de dysfonctionnements dans le refuge de Villeneuve-lès-Maguelone.

« Quand je suis sorti de là, j’ai été choqué »

« Quand je suis arrivé, on m’a dit que c’était l’un des meilleurs [refuges] de France… En fait, ce n’est pas la réalité, souligne-t-il. Quand je suis sorti de là, j’ai été choqué, après enquête, de certains fonctionnements à la SPA de Montpellier. J’ai eu des dizaines et des dizaines, peut-être déjà cent témoignages au sujet de la SPA, notamment d’anciens bénévoles et salariés. Je suis en train de réunir tout ça. […] Je suis une sorte de mégaphone pour tous ceux qui ont rencontré des problèmes… »

« Les euthanasies, j’ai des preuves, reprend Rémi Gaillard. Un chat sur cinq qui rentre à la SPA de Montpellier est euthanasié. » Un chiffre qui correspond à peu près au total de l’euthanasie chez les chats, note Vincent Cerclet, président du refuge : « 4 % des chats sont euthanasiés dans les cliniques, ce sont des chats errants accidentés, polytraumatisés, euthanasiés pour des raisons éthiques, avant leur transfert à la SPA » auxquels s’ajoutent les « 16 % des chats entrant à la SPA qui sont euthanasiés : 63 % pour des infections virales incurables, 25 % pour des raisons éthiques : polytraumatisés, cancer, pathologies non curables, comme des insuffisances rénales avancées. »

Chez les chiens, en revanche, le taux d’euthanasie global n’était que 2,51 % en 2016. « C’est un taux beaucoup plus élevé que chez les chiens, mais qui tient au fait que nous récupérons et soignons, parfois sans succès, tous les chats : malades, accidentés, et ce, contrairement à certaines associations, qui ne gèrent pratiquement aucun chat malade ou accidenté, et en particulier des chats « de rue » qui paient un lourd tribut aux maladies infectieuses non curables et aux accidents de la voie publique… »

Pour Vincent Cerclet, « diminuer ce taux, en laissant les chats mourir dans la rue, et souvent dans des conditions terribles, ce n’est pas le choix de la SPA de Montpellier, qui assume ces euthanasies éthiques destinées à abréger les souffrances de ces pathologies incurables. »

« J’ai la conscience hyper tranquille »

Du côté de certains membres du conseil d’administration, on affirme que le dépôt d’une plainte contre Rémi Gaillard a été évoqué. Mais qu’elle n’est pas, pour l’instant, à l’ordre du jour. « Je ne cherche pas à ce qu’ils m’attaquent… Mais s’ils m’attaquent, ils ont des c… Parce que j’ai du lourd. J’ai la conscience hyper tranquille », souligne Rémi Gaillard.

L’équipe du refuge et Rémi Gaillard sont au moins d’accord sur un point. S’il y a bien des victimes à ne pas oublier, ce sont les animaux. A la SPA, on affirme que toute cette polémique a donné un coup de frein aux adoptions ces dernières semaines…