Le sommet francophone des micronations, entre folkore et engagement citoyen

REPORTAGE Ce week-end s'est tenu à Aigues-Mortes (Gard) le sommet francophone de ces drôles d'entités...

Nicolas Bonzom

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Jean-Pierre IV et Dominic Desaintes, président de Saint-Castin.

Jean-Pierre IV et Dominic Desaintes, président de Saint-Castin. — N. Bonzom / Maxele Presse

Avec son faux air de Lambert Wilson dans Palais Royal, Jean-Pierre Pichon donne l’illusion parfaite d’un grand monarque. Casquette vissée sur la tête, costume impeccable et des médailles plein la poitrine, il se fait appeler, à Aigues-Mortes, dans le Gard, « Son altesse sérénissime Jean-Pierre IV »…

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Au bras de sa dulcinée Olivia-Eugénie (alias Olivier Martinez), il s’est autoproclamé il y a cinq ans Prince de la Principauté d’Aigues-Mortes. Une entité sortie de son imagination, une micronation, façon Groland, qui est évidemment très loin d’être reconnue par l’ONU, mais qui fait tout comme les grandes : un hymne, un gouvernement, un drapeau, et bientôt une monnaie officielle utilisable dans les boutiques partenaires…

Jean-Pierre IV.
Jean-Pierre IV. - N. Bonzom / Maxele Presse

« Me présenter à la mairie, jamais »

Vendredi et samedi, la micronation gardoise accueillait, dans ses remparts, le 1er Sommet des micronations francophones. Durant deux jours, ce sont de drôles de chefs d’État qui ont débarqué dans la cité, sous les regards médusés des passants…

« Certains sont dans le micronationalisme pur et dur, mais la plupart se sont lancés dans cette aventure avec énormément de second degré, sourit Jean-Pierre IV, juriste de formation, dont le portrait princier est placardé dans certains commerces. C’est notre cas. C’est parti d’un gros délire entre amis à l’apéritif, puis ça a pris de l’ampleur. Mais me présenter à la mairie, jamais. Ce n’est pas notre rôle. On est là pour le fun… Député, en revanche… »

Le sommet des micronations, à Aigues-Mortes.
Le sommet des micronations, à Aigues-Mortes. - N. Bonzom / Maxele Presse

« Si c’est un jeu de rôle, il est permanent  »

L’empereur Olivier, lui, monarque d’Angyalistan, revendique comme territoire la ligne d’horizon… En attendant, il a installé son ambassade à Fontenay-sous-Bois, dans le Val-de-Marne. « Si c’est un jeu de rôle, il est permanent. Je me lève empereur, et je me couche empereur. Il faut une sacrée part de narcissisme et d’orgueil pour assumer ce côté ridicule que ce sérieux apparent peut donner… Mais à travers cet aspect qui peut paraître théâtral et parodique, on tente de faire passer des messages », confie Olivier, qui travaille, dans la vie réelle… dans une collectivité territoriale.

Et, en effet, la plupart des micronations que 20 Minutes a approchées sous les remparts d’Aigues-Mortes ce week-end sont engagées sur des thèmes très sérieux, comme l’environnement, le « vivre ensemble » ou la défense de certaines communautés.

Le portrait principer de Jean-Pierre IV est affiché dans certains commerces.
Le portrait principer de Jean-Pierre IV est affiché dans certains commerces. - N. Bonzom / Maxele Presse

« On traite de choses sérieuses sans se prendre au sérieux  »

« On passe parfois pour des extraterrestres… Peu importe, j’assume totalement mon côté spécial. Mais cet Etat que nous avons imaginé est celui dans lequel nous aimerions réellement vivre, un état plus participatif, qui offre des opportunités aux populations les plus isolées », note le Québécois Dominic Desaintes, élu président de la République de Saint-Castin, qui a vu le jour en 2014 près de Montréal.

« On traite bien souvent de choses sérieuses, comme la défense de notre patrimoine, sans se prendre au sérieux, note Gérard, citoyen de la Principauté d’Aigues-Mortes. Ça permet de sortir un peu du cadre associatif traditionnel du club des boulistes… » Un sommet qui s’est passé sans accroc, sous la haute protection de… deux gardes royaux.