Tintin : Comment Hergé s'est inspiré de l'oeuvre d'un Audois pour «Les Cigares du Pharaon»

BD Cet été, Leucate, commune de naissance d’Henry de Monfreid, accueille une exposition-événement sur le journaliste à la houppette. L’occasion de rappeler qu’il existe des liens méconnus entre Tintin et la station balnéaire…

Nicolas Bonzom

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Les cigares du pharaon.

Les cigares du pharaon. — © Hergé/Moulinsart 2015

Mille milliards de mille sabords ! Cet été, Leucate, petite station balnéaire de l’Aude, nichée entre les Corbières et la Méditerranée, crée l’événement : du 5 juillet au 10 septembre, la commune accueillera une exposition « officielle » consacrée à Tintin.

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Un travail adoubé par la société Moulinsart, qui veille à la bonne exploitation commerciale des aventures du journaliste à la houppette. Cette exposition-événement, qui s’inspire de celle qui a séduit plus de 100.000 visiteurs l’hiver dernier à Londres, est axée autour des fenêtres, omniprésentes dans l’œuvre Hergé.

Tintin à Leucate qui consacrera sa grande exposition estivale à notre héros préféré sur le thème des fenêtres qui se...

Publié par Tintin sur mardi 26 avril 2016

Des liens forts et méconnus entre Tintin et Leucate

Mais si Tintin, Milou et le capitaine Haddock ont prévu de passer l’été dans l’Aude, ce n’est pas que le fruit du hasard. Pour le Leucatois Jacques Hiron, historien, scénariste, et atteint de « Tintinophilie aiguë depuis [sa] plus tendre enfance », il existe des liens « forts », et pourtant « méconnus » entre la station des Corbières, appréciée pour ses vins et ses huîtres, et le héros de Hergé. Sur une idée de la municipalité, c’est lui qui a oeuvré pour que sa ville accueille l’exposition-événement.

« Ici, à Leucate, est né un monsieur qui s’appelle Henry de Monfreid (1879-1974). C’était un écrivain, un navigateur, un aventurier, raconte Jacques Hiron. En 1911, il est allé voguer sur les rives de la Mer rouge, et, comme tout capitaine de bateau, il a tenu avec une grande attention son livre de bord… Plusieurs décennies plus tard, en 1931, il a montré ses carnets à Joseph Kessel, qui a été absolument émerveillé par la qualité d’écriture… »

Hergé s’inspire des carnets de bord de Henry de Monfreid

Quelques mois plus tard, poussé par le romancier, l’Audois accepte de publier ses récits de mer, chez Grasset, sous le nom Les secrets de la Mer rouge. Un an plus tard, un certain Georges Rémi, dit Hergé, le papa de Tintin, tombera, par hasard, sur ce livre…

« Hergé réfléchissait à un sujet pour sa quatrième histoire des aventures de Tintin, reprend Jacques Hiron. En lisant l’ouvrage de Henry de Monfreid, il est tombé sous le charme, et s’est dit que cela conviendrait parfaitement pour la trame de son futur album… Cela lui a donné l’idée des Cigares du Pharaon. »

Henry de Monfreid en capitaine de bateau

Pour rendre hommage à celui qui l’a inspiré pour sa bande-dessinée, Hergé donnera les traits de l’un de ses personnages à Henry de Monfreid. « Il campe le rôle du capitaine de boutre, trafiquant d’armes, souligne Jacques Hiron. On le reconnaît très bien d’ailleurs ! »

Mais les liens entre Leucate et Tintin ne s’arrêtent pas en si bon chemin. C’est en effet un Leucatois, Georges Fouillé (1909-1994), nommé peintre officiel de la Marine en 1947, qui a prêté main-forte à Hergé pour la publication d’un ouvrage de la collection Voir et savoir sur l’Histoire de la Marine, en 1954. « C’était l’un de ces albums, ancêtres des Panini, que les lecteurs du Journal de Tintin pouvaient gagner en collectionnant les « chèques Tintin », note l’historien.

A l’occasion de cette exposition, qui proposera également un cycle de conférences et d’animations, sortira une édition, traduite en occitan, des Cigares du Pharaon. La langue « quasi maternelle » d'Henry de Monfreid.

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