Des cochons, dans un élevage français en juillet 2010 (illustration).
Des cochons, dans un élevage français en juillet 2010 (illustration). - Denis Charlet AFP

Depuis ce mardi, les images de l'abattoir du Vigan, tournées par l’association L214 ne cessent d’alimenter la polémique. Accusé de maltraitrances, il a été fermé à titre conservatoire et une enquête a été ouverte. Dans cette affaire, les éleveurs se posent en victimes : ils ont perdu un outil, et font face à la méfiance des consommateurs.

Depuis ce mercredi, pour amener leurs bêtes à l’abattoir, les agriculteurs de la région du Vigan n’ont qu’une seule solution : aller à Alès, qui a rouvert à mi-décembre, ou, face aux embouteillages annoncés, se rendre aux abattoirs de Pézenas ou de Tarascon.

« C’est nous qui payons les pots cassés »

« Cela va engendrer des coûts supplémentaires et poser des problèmes d’organisation, note Luc Hincelin, éleveur ovin à Lussan et chargé de l’élevage à la Chambre d’agriculture du Gard. Dans cette histoire, on est les premières victimes. L’abattoir, on n’a aucun droit de regard dessus. Quand j’y conduis mes animaux, je ne peux pas y entrer. »

« L’abattage est nécessaire si l’on veut manger de la viande, confie Patrick Viala, agriculteur et président du réseau Bienvenue à la ferme. Nous élevons nos animaux en bon père de famille. Ce n’est pas pour qu’à l’abattoir, ils soient maltraités… Les gens sur les images sont des déséquilibrés. Il faut que l’Etat fasse son travail en contrôlant correctement les abattoirs. Parce que là, c’est nous qui payons les pots cassés… »

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« Mes cochons, je les élève avec amour »

Pour les éleveurs, les sanctions doivent tomber, et l’établissement du Vigan doit rouvrir le plus rapidement possible pour ne pas achever le secteur. « Je suis plutôt satisfait que ces dysfonctionnements aient été dénoncés, confie Frédéric Gros, éleveur de cochons au Vigan, à un kilomètre à peine de l’abattoir. Je préfère qu’il ferme, et qu’il rouvre sur de bonnes bases. Mes cochons, je les élève avec amour. Je n’ai pas envie qu’ils soient maltraités. »

Frédéric Gros propose la création d’un label pour l’abattage, et la mise en place de caméras de vidéosurveillance. « Il nous arrive de faire de la vente directe, reprend Luc Hincelin. Et les consommateurs, ils ne comprennent pas, ils posent des questions, ils se méfient. Après la polémique sur Alès, mes ventes directes ont baissé de 15 %. »

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« On ne ferme pas un hôpital si un médecin fait mal son travail »

Pour Patrick Viala, c’est « la double peine ». « On perd un outil de travail, et en plus, on fait face à des consommateurs perturbés, traumatisés par les vidéos qu’ils ont vues. Ce n’est pas bon du tout pour le secteur… Alors, on essaie d’expliquer, de rassurer… »

Pour la Chambre d’agriculture du Gard, s’il faut sanctionner les fautifs qui ont commis des actes « inadmissibles », il y a urgence à rouvrir. « Une défaillance humaine ne doit pas remettre en cause l’activité de cet abattoir de proximité (…) On ne ferme pas un hôpital si un médecin fait mal son travail, on remplace le fautif et l’outil reste en activité. »

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