L'équipage du Jean-Marie Christian Six, amarré à Sète, s'affaire aux derniers préparatifs avant le grand départ. D'ici à jeudi, ses 14 marins mettront le cap vers les côtes de Malte, pour pêcher du thon rouge. Ils n'auront qu'un mois, du 25 mai au 25 juin, pour en débusquer 150 tonnes au maximum. Et pas une de plus. Car la réglementation, mise en place dès 2006, après la baisse des stocks dénoncée par des organisations environnementales, a fixé le seuil de pêche du thon rouge à 2 500 tonnes au total pour la France, contre 6 000 tonnes il y a dix ans. « On fait notre gagne-pain en un mois, d'où notre stress, confie Jean-Jacques, marin pêcheur. Une année, on a trouvé du poisson que quelques jours à peine avant la fin de l'autorisation. A bord, le moral était à zéro. Si la pêche n'est pas bonne, on ne fera pas vivre la famille qu'on a laissée à Sète. » Rémunérés environ entre 25 000 € et 30 000 € la part, les marins s'en iront, le reste de l'année, pêcher la sardine à Port-Vendres l'été, et le thon rouge à la ligne, autorisé toute l'année.

Une question d'image


De retour au port, c'est un autre combat qui attend la filière du thon rouge. Celui de la communication. Depuis le tapage médiatique des années 2000, l'espèce est boudée par les supermarchés, « sauf par Intermarché, qui n'a jamais cessé de jouer le jeu », confie-t-on. « Il y a eu des moments difficiles après 2006, note Anne-Marie Bastide, responsable d'une société de marée, à Sète. On a du licencier, et l'image du thon rouge en a pris un coup. Pourtant, aujourd'hui, il n'y a plus de raison pour que ce poisson ne figure pas dans les étals des grandes surfaces. Je me bats pour ça, et les discussions avancent. » Tous les signaux sont au vert, selon la filière : une population de thons multipliée par cinq depuis les années 1990, et un contrôle exhaustif. « Il n'y a pas de produit plus contrôlé que celui-là, 100 % de la pêche est scrutée au millimètre », témoigne un responsable de la direction maritime. Huit ans après le durcissement des quotas, les professionnels espèrent un recul rapide du « thon rouge blues ».

■ Les prix ont explosé

Depuis l'instauration du quota de 2006, sa rareté a fait exploser le prix du thon rouge sur les étals des poissonneries : une trentaine d'euros le kilo, contre environ 10 € il y a une dizaine d'années.

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