Olfa Lamloum est Tunisienne et chercheuse à l'Institut français du Proche-Orient de Beyrouth. Pour 20minutes.fr, elle réagit, à chaud, sur le départ du président Ben Ali.
Votre premier sentiment?
Une immense joie. En tant que citoyenne tunisienne, de voir ce président à vie, général de formation, qui a tué, réprimé, massacré, étouffé toute expression démocratique, enfin partir après 23 ans, est un grand bonheur. Il part comme un voleur, après les tueries de ces derniers jours. Mais Ben Ali le dictateur est fini, et c'est un grand moment. En seulement 48 heures, on a eu une mobilisation sans précédent, des mouvement syndicaux, de la jeunesse, puis Ben Ali a successivement annoncé qu'il ne se représenterait pas, une dissolution du gouvernement, des élections anticipées et finalement son départ. Tout est allé si vite.
Et maintenant? Qui pour la relève?
C'est une grande victoire du peuple, mais il ne s'agit que de la première manche de la bataille. La relève n'est clairement pas le Premier ministre Ghannouchi (qui va assurer l'intérim, ndr). Tous ces jeunes qui se sont mobilisés doivent réussir à imposer une relève, via des élections libres, en choisissant quelqu'un qui respectera leurs aspirations démocratiques. On est en pleine transition, il est encore trop tôt pour se prononcer sur la suite. Les urnes décideront.
Y a-t-il des risques de récupération?
Bien sûr. Tout l'appareil sécuritaire mis en place pendant 23 ans ne s'est pas évaporé. Beaucoup de personnes qui bénéficiaient du pouvoir totalitaire de Ben Ali sont encore en place. Les citoyens et la communauté internationale doivent être vigilants.
Quel avenir pour Ben Ali?
Il y a déjà des militants qui veulent porter plainte en France ou en Tunisie. Ils ne sont pas seuls. Ben Ali ne sera clairement pas en sécurité, à moins qu'il trouve refuge chez un régime totalitaire similaire à celui qu'il a bâti depuis 1987. Mais ce soir, on regarde devant. Une nouvelle page s'ouvre, pleine d'espoir.