Tunisie: Sur Internet, les résistants s'organisent, à leurs risques et périls

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Publié le 11 janvier 2011.

DECRYPTAGE - La puissance du mouvement contestataire s'entretient sur les blogs et les réseaux sociaux...

Alors que la Tunisie va bientôt entrer dans sa quatrième semaine de révolte politique et sociale, la mobilisation du peuple tunisien semble ne pas vouloir fléchir. Et, comme en Iran l’an dernier, Internet, ses blogs et ses réseaux sociaux entretiennent la puissance du mouvement.

«Il y a une véritable résistance sur le Net. Ce sont des personnes révoltées qui veulent que le mouvement contestataire s’organise, pour que les martyrs ne soient pas morts pour rien», explique Asma Mnasser, militante du mouvement Byrsa, en soulignant que le soulèvement a été déclenché par l’immolation de Mohammed Bouazizi, pas par Internet.

«Ce sont des citoyens lambda qui sont sortis dans la rue pour manifester. Ils n’ont pas suivi de mot d’ordre. Mais, grâce aux réseaux sociaux, ils savent où, quand, et avec quel signe de ralliement - les avocats portant un brassard rouge par exemple - ils peuvent aller manifester.» Sur Twitter, la recherche #SidiBouzid fait donc le plein, et sur YouTube, malgré les accusations de censure, de nombreuses vidéos des émeutes sont postées par les internautes.

Echapper à «Ammar 404»

Revers de la médaille, le gouvernement Tunisien, qui surveille de très près ces réseaux sociaux, sait où envoyer la police ou l’armée pour encadrer les manifestants. Et, pour tenter d’échapper à la censure, et conserver leur «seule réelle source d’information», les Tunisiens utilisent des proxys, connaissent de nombreuses façons différentes de se connecter de façon hyper sécurisée, indique Asma Mnasser.

«Ils sont devenus encore plus que des geeks. Ce sont des experts pour échapper à “Ammar 404”», le nom qu’ils donnent à la censure en référence à la page «erreur 404» et aux censeurs, tous surnommés Ammar dans le pays. Plusieurs collectifs subissent les foudres d’«Ammar 404». On en est ainsi à la cinquième version de la page du groupe Facebook «M. le président, les Tunisiens s’immolent par le feu», qui propose photos et vidéos montrant le soulèvement et la répression, les quatre autres ayant été bloquées par les autorités.

Anonyme ou pas?

Mais cette activisme on line n’est pas sans risque: plusieurs bloggeurs ont déjà été arrêtés. Du coup, certains choisissent d’agir anonymement sur la Toile, ou de se regrouper en collectifs. Sur Nawat.org, un autre blog, les informations et documents attestant de l’arrestation de tel ou tel bloggeur se mêlent aux témoignages anonymes de jeunes désabusés. Un internaute raconte ainsi ce qu’est «Une jeunesse vécue sous l’ombre de Ben Ali». Il dit la «peur de parler politique», la corruption, le népotisme et enfin la «révolution du Jasmin» de ces dernières semaines: «Pour la première fois, on y voit l’occasion de se rebeller, de se venger de cette famille royale qui s’est tout approprié, de renverser l’ordre établi qui a accompagné toute notre jeunesse.»

D’autres, au contraire, choisissent de parler à visage découvert, comme Lina Ben Mhenni, dont le nom s’affiche ostensiblement sur le blog et les pages Facebook et Twitter. La jeune femme ose y montrer les photographies des «martyrs» de cette révolution du Jasmin, raconte les manifestations, la violence, mais aussi les arrestations de militants, de bloggeurs, ou encore d’artistes dont les proches sont «bien sûr sans nouvelles». Un choix qu’a aussi fait le mouvement Byrsa. «Nous parlons tous de façon non anonyme», explique Asma Mnasser. «C’est la seule façon de faire changer la peur de camp.»

Bérénice Dubuc
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