TUNISIE - Au pouvoir depuis 22 ans, le président tunisien a été réélu sans surprise pour un nouveau mandat qui ne va pas changer grand chose...
«
C'est un scrutin pour la forme», annonce Afrik.com, «
une énorme mascarade électorale», assure le
bloggeur et dessinateur «Z». La réélection de Zine El Abidine Ben Ali, ce dimanche, a des airs de farce pour les opposants qui peinent à se faire entendre. A 73 ans, le président sortant entame un cinquième mandat
après avoir remporté 89,62% des suffrages. Un mandat qui s’annonce dans la continuité des quatre précédents.
La seule inconnue de cette élection était le «score inférieur ou non à 95% des voix» ironise «Z»,
dont le blog est censuré en Tunisie, rappelle le journal algérien,
El Watan. «Il n'y avait aucun enjeu interne autour de cette élection», explique Nicolas Beau, auteur de
La régente de Carthage: main basse sur la Tunisie*, «l'enjeu est extérieur, la Tunisie se doit d'être une vitrine respectable vis-à-vis des autres états comme les Etats-Unis et l'Union Européenne», ajoute-t-il.
«Félicitations Monsieur le Président»
Difficile de trouver la critique dans la presse nationale tunisienne, contrôlée par le pouvoir, qui ne tarit pas d'éloge sur le président. «
Félicitations Monsieur le Président. En cette heureuse occasion, La Presse s’honore de présenter ses chaleureuses félicitations au Président Ben Ali ainsi qu’au peuple tunisien qui a encore une fois fait montre de maturité politique», annonce le quotidien national, avant d'ajouter que le pays «s’apprête à vivre une nouvelle étape sur la voie du progrès démocratique.»
Mais la démocratisation est loin d'être aboutie. «Contrairement à des pays comme le Maroc ou l'Algérie, la Tunisie est encore dans le registre des pays autoritaires. On aboutit à une parodie d'élection complètement grotesque», souligne Nicolas Beau. Il n'y aura donc pas de rupture avec la politique menée depuis 1987. Année au cours de laquelle il a destitué le premier président de la Tunisie indépendante,
Habib Bourguiba, pour cause «sénilité».
Une démocratie en plein doute, une économie en plein boom
Mais il existe tout de même quelques points positifs au bilan du président. La situation de la femme en Tunisie y est meilleure que dans d'autres pays musulmans et «sur le plan de la sécurité, le pays est relativement calme face aux dérives islamistes, par rapport à d'autres pays», souligne Nicolas Beau, avant d'ajouter que sur le plan économique, «les grands équilibres sont respectés». Néanmoins, la Tunisie, grand sous-traitant mondial, doit elle aussi faire face à la crise économique.
Mais avec ses grandes ambitions économiques, Ben Ali pourrait se heurter à la nécessité d'un pluralisme politique. «La Tunisie s'est développée dans un carcan politique qu'il va falloir ouvrir», explique Nicolas Beau. Reste à voir si Ben Ali est prêt à jouer, pour une fois, le jeu démocratique.
Vers un sixième mandat?
Ce cinquième mandat devrait être, selon la Consitution tunisienne, son dernier. Mais comme l'a fait son voisin Algérien,
Abdelaziz Bouteflika, Ben Ali pourrait la modifier. Ben Ali pourrait se maintenir au pouvoir encore quelques années. Mais dans l'ombre de ce dirigeant, une femme se prépare peut-être à la relève:
Leila, l'épouse de Ben Ali. «Sa famille
a fait main basse sur certains secteurs économiques et est très puissante dans le pays, explique Nicolas Beau, il n'est pas impossible qu'une femme arrive au pouvoir en Tunisie.»
*La régente de Carthage : main basse sur la Tunisie – La découverte
Maud Descamps