Syrie: «Le régime de Bachar al-Assad est mal parti, mais il n'est pas encore aux abois»

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Publié le 19 juillet 2012.

INTERVIEW – François Valter, maître de conférence à l'université du Havre et spécialiste de la Syrie explique à «20 Minutes» pourquoi la situation en Syrie va perdurer...

La bataille de Damas, déclenchée mardi par les rebelles, est une bataille décisive pour le renversement du pouvoir syrien?

Ce que l’on appelle la bataille de Damas a commencé depuis 1 an au moins. Il y a depuis longtemps des troubles dans la banlieue de la capitale, ce n’est pas un phénomène nouveau. La chose qui a changé, c’est une radicalisation des affrontements. Les événements s’aggravent.

Comme par exemple l’attentat de mercredi?

L’attentat de mercredi va dans ce sens. Il prouve que la situation se dégrade, que l’Armée syrienne libre (ASL) réussit à mener des opérations de plus en plus audacieuses. Cependant, ce n’est pas le signe que le régime va tomber demain. Je ferais plutôt un parallèle avec la guerre du Liban, qui a duré 15 ans: la guerre civile en Syrie, car c’est de cela qu’il s’agit depuis 1 an et demi, risque de durer encore longtemps car les deux parties sont très motivées, veulent se battre et n’ont rien à perdre. Cette situation va perdurer car il n’y a pas d’horizon politique.

La chute du régime d’Assad n’est donc pas pour demain?

Le régime est mal parti, mais il n’est pas encore aux abois. Son temps est compté, et ce depuis le début du soulèvement, mais il a encore des ressources pour se maintenir, en interne comme en externe. Le gouvernement dispose ainsi de soldats mieux armés, mieux entraînés, et surtout d’unités très motivées, dans la mesure où elles sont alaouites et supposent qu’en cas de chute du régime elles risquent dans le meilleur des cas d’être marginalisées dans la société syrienne, au pire d’être massacrées. En face, l’opposition est assez divisée, mal coordonnée, et l’ASL est moins bien équipée que les forces régulières.

De plus, ce n’est pas la catastrophe au niveau économique. Il y a beaucoup de chômage et l’activité est ralentie, mais il n’y a pas d’inflation démesurée. Dans ces conditions, le régime peut tenir encore un peu.

Et ses ressources externes sont l’appui de la Chine et de la Russie à l’ONU?

Oui, mais pas seulement. La Russie et la Chine ont une fois de plus opposé leur véto à une résolution. Il est vai qu’elles n’avaient aucun intérêt à ne pas le faire: dans l’expectative, face à des prétendants au pouvoir méconnus, ils gardent leurs cartes. Mais, en plus, le fait que le pays soit affaibli semble arranger les Occidentaux: à-travers la Syrie, qui ne présente pas vraiment d’intérêt économique, c’est l’Iran -beaucoup plus difficile à attaquer frontalement- qui est affaibli. Le Hezbollah libanais aussi, qui est historiquement lié à l’Iran, l’est, ce qui a pour conséquence un relâchement de la pression aux frontières avec Israël. En un mot, il n’y a pas assez d’intérêt pour les Occidentaux à intervenir, beaucoup plus à laisser pourrir la crise.

Propos recueillis par Bérénice Dubuc
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