Tensions entre la Turquie et la Syrie: «Les Turcs n'entreront pas dans un conflit sans l'Otan»

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Publié le 26 juin 2012.

INTERVIEW - Le spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche fait le point sur les relations entre la Syrie et la Turquie...

Quatre jours après que les Syriens ont abattu un avion turc, et alors que les tensions diplomatiques entre les deux pays sont à leur comble, comment peuvent évoluer les relations turco-syriennes? Joint par 20 Minutes, Fabrice Balanche, maître de conférences à l’université de Lyon 2 et directeur du Gremmo, apporte son éclairage sur la situation.

Historiquement, quelles sont les relations entre la Turquie et la Syrie?

Il y a eu des tensions historiques entre les deux pays tout au long du siècle dernier, qui datent de 1939, quand le Sandjak d’Alexandrette, une province appartenant à la Syrie, est passée sous le contrôle turc, ce qui a créé des problèmes pendant des décennies. De plus, pendant la guerre froide, la Syrie était du côté des Soviétiques et la Turquie, qui est dans l’Otan depuis 1951, était du côté des Américains. Ca a créé des hostilités. Enfin, la Syrie a appuyé les rebelles du PKK [séparatistes kurdes opposés au pouvoir turc, NDLR] jusqu’à la fin des années 1990. Mais dès qu’ils ont arrêté ce soutien et que l’abcès kurde a été percé, il y a eu un réchauffement des relations, des accords de libre circulation et de libre-échange, surtout depuis l’arrivée au pouvoir en 2002 de l’AKP d’Erdogan et sa politique pro-musulmane qui a éloigné la Turquie d’Israël.

Depuis quand les relations son-elles redevenues tendues entre les deux pays?

Quand la crise a frappé la Syrie, les Turcs ont cru que, comme ça s’est vu ailleurs, le pouvoir syrien allait s’écrouler rapidement. Ils y ont un intérêt. La Turquie avait de grandes ambitions pour la région, mais ils sont isolés au sud, à l’est et au nord notamment par un axe Syrie-Irak-Iran soutenu par la Russie, et à l’ouest par leurs mauvais rapports avec le monde grec. Ce qu’ils veulent, c’est faire sauter le verrou syrien, car si Bachar al-Assad tombe, ils peuvent espérer voir s’installer un régime sunnite pro-saoudien, pro-occidental et donc pro-Turc. Là, la Turquie retrouverait un rôle régional.

Du coup, risque-t-on de voir un nouvel incident escalader en conflit armé?

Il est clair que les Turcs ont envoyé cet avion pour tester les défenses syriennes. Maintenant ils sont prévenus: s’ils en renvoient un, les Syriens tireront dessus. Or les Turcs ne veulent pas y aller seuls, et l’Otan ne veut pas intervenir, car les Américains sont en campagne électorale et ne souhaitent pas participer à un nouveau conflit armé. Le conflit syrien va durer encore au moins plusieurs mois: c’est une stratégie de long terme que la Turquie veut établir, en accumulant les pièces à charge contre la Syrie à destination de l’Otan. Autant profiter de l’incident du F4 pour impliquer un peu plus l’Otan en vue, après la présidentielle américaine, d’une plus grande fermeté occidentale face à la Syrie.

Propos recueillis par Nicolas Bégasse
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