Syrie: défection d'un pilote de chasse, une première en 15 mois de révolte

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Publié le 22 juin 2012.

DAMAS - Un pilote syrien a fait défection jeudi aux commandes de son MiG-21, pour la première désertion du genre depuis le début, il y a 15 mois, d'une révolte populaire réprimée par le régime au prix de plus de 15.000 morts.

Lors d'une nouvelle journée sanglante, la répression et les combats entre soldats et déserteurs ont fait près de 120 morts jeudi, l'armée bombardant toujours sans relâche des bastions rebelles comme Homs (centre) et Deraa (sud), selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Face à la spirale de violence, la communauté internationale reste impuissante en raison essentiellement de ses divisions, que Moscou a rappelées en douchant les espoirs sur son appui à un départ du président syrien Bachar al-Assad et en défendant son droit de livrer des armes à Damas.

Les Etats-Unis ont pour leur part démenti jeudi être prêts à accorder, avec la Grande-Bretagne, un sauf-conduit au dirigeant syrien pour sortir de son pays. Des journaux britanniques avaient rapporté que M. Assad pourrait obtenir la clémence de Londres et Washington dans le cadre d'une conférence organisée sous l'égide de l'ONU à Genève ce mois-ci. Le Foreign Office a également nié qu'une "nouvelle offre" ait été mise sur la table.

Pour la première fois depuis le début de la contestation le 15 mars 2011, un pilote de chasse syrien, le colonel Hassan Merhi al-Hamadé, a fait défection et atterri jeudi sur une base de l'armée de l'air en Jordanie, à bord d'un MiG-21 de fabrication russe.

Il a demandé l'asile politique au royaume jordanien, qui le lui a accordé.

Le ministère syrien de la Défense a estimé que le colonel Hamadé était "un déserteur et un traître à la nation" et promis qu'il serait sanctionné "en vertu des règles en vigueur", tout en faisant état de "contacts" avec la Jordanie en vue d'une restitution du MiG-21.

Les Etats-Unis ont salué la défection en estimant que ce pilote ne serait pas le dernier à abandonner le régime Assad, dont les troupes sont accusées par l'ONU et plusieurs pays occidentaux et ONG internationales de "crimes contre l'humanité".

L'ambassadeur américain en Syrie, Robert Ford, a d'ailleurs publié sur sa page Facebook une lettre ouverte aux soldats syriens leur demandant de ne plus soutenir M. Assad et soulignant que les auteurs d'atrocités seraient traqués et jugés.

Nouvelle journée sanglante Face à la répression brutale, la révolte marquée au départ par des manifestations pacifiques s'est militarisée avec la désertion de dizaines de milliers de soldats, dont des milliers ont rejoint les rangs de l'Armée syrienne libre (ASL), selon l'OSDH.

Depuis 15 mois, les violences ont fait au moins 15.026 morts, en majorité des civils, selon un nouveau bilan publié par cette organisation syrienne basée au Royaume-Uni et qui s'appuie sur les témoignages de militants sur place.

Ces dernières semaines, l'OSDH a recensé plusieurs dizaines de victimes par jour, dont jeudi encore 66 civils, 43 soldats, cinq rebelles et cinq personnes non identifiées.

Plusieurs villes de la province de Homs, où des rebelles sont retranchés, ont de nouveau été la cible de bombardements intenses et sont assiégées par l'armée, tandis que des combats y opposent soldats et déserteurs.

Le pilonnage a également visé des localités de la province de Deraa, dont certaines, comme Inkhel, ont été prises d'assaut. A Douma, près de Damas, mais aussi dans les provinces d'Alep (nord) et d'Idleb (nord-ouest), l'OSDH a fait état de bombardements, de combats et d'attaques contre des soldats.

La Croix-Rouge internationale, qui cherche à évacuer des civils bloqués à Homs, surtout les malades et les blessés, va tenter de nouveau vendredi d'entrer dans la ville, après avoir essayé deux fois jeudi, en vain en raison des violences, selon le Croissant-Rouge syrien.

Se targuant du soutien d'une partie des Syriens, M. Assad s'est dit déterminé à en finir "à n'importe quel prix" avec l'insurrection, refusant toujours de reconnaître la contestation qu'il assimile à du "terrorisme".

Divisions internationales Face au risque de guerre civile, le n°2 de la Ligue arabe, Ahmed Ben Helli, a appelé la Russie à cesser de livrer des armes à Damas.

Mais le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a affirmé que son pays comptait poursuivre ses livraisons d'armes à la Syrie, dont des hélicoptères et des batteries antiaériennes. Il a aussi jugé que forcer M. Assad à partir était "irréalisable".

Les Occidentaux, qui travaillent sur une résolution au Conseil de sécurité, et les Arabes souhaitent que le mandat de l'émissaire international Kofi Annan soit renforcé, avec un recours au Chapitre VII de l'ONU pour forcer régime et opposition à appliquer son plan de sortie de crise resté lettre morte.

M. Annan doit tenir vendredi une conférence de presse à Genève avec Robert Mood, chef des observateurs de l'ONU en Syrie qui ont suspendu leurs opérations en raison des violences.

Il espère rassembler Washington, Moscou et d'autres puissances pour mener des négociations avec M. Assad sur l'avenir du pays, et compte dévoiler sa feuille de route pour une transition politique lors d'une réunion à Genève le 30 juin, selon diplomates et responsables de l'ONU.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon doit aussi s'exprimer le 2 juillet sur l'avenir de la mission des observateurs.

© 2012 AFP
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