L'ambassade syrienne à Paris.
L'ambassade syrienne à Paris. - V. WARTNER / 20 MINUTES

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

Les paroles de François Hollande et le renvoi de l’ambassadrice de Syrie en France, augurent-elles d’un changement dans la politique de la France vis-à-vis du régime de Bachar al-Assad?

Non, il n’y a pas de changement. François Hollande a repris à son compte la politique que menait Alain Juppé à l’égard du régime de Bachar al-Assad. Cependant, face à l’indignation provoquée par le massacre de Houla et ne voulant sans doute pas être accusé de laxisme, Hollande devait faire un geste, montrer qu’il s’affirme sur le plan international et qu’il peut aller plus loin qu’Alain Juppé. Il y a donc eu surenchère, avec la décision d’expulser l‘ambassadrice.

Cette position ferme peut aussi s’expliquer par la phrase d’Assad au lendemain de l’investiture de François Hollande -«J’espère que le nouveau président va penser aux intérêts de la France. Je suis sûr qu’il ne compte pas continuer de semer le chaos au Proche-Orient et dans l’ensemble du monde arabe»- qui sonnait comme un défi.

Selon vous, ce discours n’est donc qu’une posture?

La plupart des médias ont retenu le discours va-t-en-guerre, mais François Hollande a aussi souligné que la Syrie dispose d’une «armée forte», allusion à un risque d’enlisement comme en Libye,  et s’est interrogé sur le régime qui pourrait remplacer celui de Bachar al-Assad. Cela me fait penser qu’il n’est pas question d’une intervention en Syrie, mais qu’il s’agit seulement d’une posture.

En fait, il dit que la France n’ira pas. La priorité du quinquennat, c’est la croissance. Or, une guerre coûterait cher. Et les Russes n’accepteront pas d’intervention militaire, d’où sa phrase: cette intervention «n'est pas exclue à condition qu'elle se fasse dans le respect du droit international, c'est-à-dire par une délibération du Conseil de sécurité».

Justement, le Président français rencontre son homologue russe, Vladimir Poutine, vendredi. L’occasion de le convaincre d’infléchir sa position?

Alain Juppé avait déjà discuté avec Vladimir Poutine en décembre 2011, mais cela n’avait mené à rien. En effet, les Russes n’ont aucun intérêt à changer de position, car ils veulent redevenir une grande puissance mondiale et que la Syrie est indispensable à l’axe pro-iranien sur lequel se base leur politique. Moscou a d’ailleurs réaffirmé ce mercredi , comme la Chine, qu’elle est «catégoriquement opposée à toute intervention extérieure dans le conflit syrien».

Cette position ferme de la France peut-elle infléchir le cours des choses en Syrie?

Non, le scénario n’est pas près de changer. On va vers une guerre civile, du fait de la situation interne et des pressions extérieures, un peu comme pour le Liban des années 70-80. Le général Mood, chef de la mission des observateurs de l’ONU, l’a bien dit: il n’y a pas de volonté de cessez-le-feu des acteurs en présence. Sans compter les salafistes tendance Al-Qaida qui se sont invités dans le conflit ces derniers temps.

On sent une volonté d’apaisement, insufflée par les Etats-Unis qui entrent en période électorale et qui doivent souhaiter une période plus calme à l’approche de cette échéance, mais ça ne suffira pas, maintenant que l’engrenage de la violence est lancé sur le terrain. D’autant qu’une position américaine moins ferme pourrait permettre au régime de réprimer encore plus la rébellion.