Syrie: Kofi Annan appelle le président Assad à agir "maintenant", 98 tués mardi

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Publié le 30 mai 2012.

DAMAS - Le médiateur international Kofi Annan, qui a rencontré mardi le président syrien Bachar al-Assad, lui a demandé de "prendre des mesures courageuses maintenant" pour mettre fin aux violences, évoquant un "moment charnière" après le massacre de Houla.

Pour autant, le bilan des violences de mardi a grimpé en soirée à 98 morts, contre 30 précédemment, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), qui a fait état d'un nouveau massacre de 13 civils à Deir Ezzor, dans le nord-ouest du pays.

Signe d'un durcissement de la position des Occidentaux à l'égard de Damas, les principaux pays européens, ainsi que les Etats-Unis, le Canada et l'Australie, ont parallèlement annoncé l'expulsion des représentants diplomatiques syriens de leur capitale en représailles à cette tuerie.

"J'ai besoin que le président (Assad) agisse maintenant, et que les autres parties fassent leur part du travail", a déclaré M. Annan lors d'une conférence de presse à l'issue de sa rencontre avec M. Assad à Damas. "Je l'ai appelé à prendre des mesures courageuses maintenant -- pas demain, maintenant -- pour créer les conditions nécessaires à la mise en oeuvre du plan" de sortie de crise, a-t-il martelé. "Nous sommes à un moment charnière", a-t-il ajouté, faisant valoir que "la communauté internationale allait sans tarder réexaminer la situation".

"Le gouvernement et toutes les milices qu'il soutient pourraient cesser toutes les opérations militaires, a ajouté l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe.

Un haut responsable de l'ONU a affirmé avoir de "forts soupçons" sur l'implication des "chabbiha", des miliciens pro-régime, dans le massacre de Houla (centre) qui a déclenché un tollé international. Plus de 100 personnes, dont une cinquantaine d'enfants, ont été tués à Houla vendredi et samedi, et 300 autres blessées selon les observateurs de l'ONU sur place.

D'après le secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des opérations de maintien de la paix, Hervé Ladsous, une partie a été victime d'éclats d'obus, ce qui implique la responsabilité du gouvernement syrien, qui seul a recours aux armes lourdes, et une partie à l'arme blanche, "ce qui désigne probablement les +chabbiha+".

Damas, qui a démenti toute implication, a chargé une commission conjointe armée-justice d'enquêter, et celle-ci doit publier ses conclusions mercredi.

L'émissaire international, qui s'est également entretenu avec des représentants de l'opposition, a appelé "l'opposition armée à cesser les actes de violence".

Après avoir rencontré M. Annan, M. Assad a de nouveau rejeté sur l'opposition la responsabilité des violences, affirmant que "le succès du plan dépend de la fin du terrorisme (...) et de l'arrêt de la contrebande d'armes". Depuis le début de la révolte en mars 2011, le régime syrien, qui ne reconnaît pas l'ampleur de la contestation, assimile les opposants à des terroristes.

Sur le plan diplomatique, le président français François Hollande a estimé qu'une "intervention armée n'est pas exclue" à condition qu'elle se fasse "après délibération du Conseil de sécurité des Nations unies", tout en soulignant la nécessité de trouver "une solution qui ne serait pas forcément militaire".

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, a appelé le Conseil de sécurité à agir en ce sens, en adoptant "une résolution permettant le recours à la force nécessaire en vue d'empêcher les génocides et les meurtres commis par les milices du régime".

Le CNS a par ailleurs salué le mouvement d'expulsions d'ambassadeurs syriens, lancé par M. Hollande, qui a annoncé en outre une réunion à Paris début juillet du groupe des pays "amis du peuple syrien".

Washington a déclaré pour sa part espérer que le massacre de Houla ferait évoluer la position de la Russie, indéfectible allié de Damas qui a déjà opposé son veto à deux projets de résolutions condamnant la répression. Moscou, qui avait accusé régime et rebelles d'être impliqués dans le massacre, a demandé une enquête "impartiale" de l'ONU.

La trêve instaurée théoriquement le 12 avril dans le cadre du plan Annan semble de plus en plus caduque, avec 98 nouveaux morts, dont 61 civils, neuf rebelles et 28 soldats gouvernementaux mardi dans la répression et de violents combats entre rebelles et soldats, selon l'OSDH.

Le président de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, joint au téléphone par l'AFP, a fait également état d'un nouveau "massacre" de 13 civils qui se serait déroulé mardi matin dans la région de Deir Ezzor (nord-ouest). "Ils (les victimes) ont été exécutés d'une balle dans la tête, selon les premières informations en provenance de la région", a-t-il déclaré à l'AFP, avant d'appeler les observateurs de l'ONU à se rendre sur place pour enquêter sur ce présumé massacre et en identifier les auteurs.

Dans la province de Homs (centre), 11 personnes ont trouvé la mort, dont sept lorsque l'armée a bombardé la ville de Homs. Et des heurts entre rebelles et troupes régulières ont notamment fait cinq morts dans la province d'Alep (nord), toujours d'après l'OSDH.

"L'armée syrienne est épuisée car elle a subi beaucoup de pertes ces derniers jours en raison de la recrudescence des combats", a estimé le président de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. En 14 mois, les violences ont fait plus de 13.000 morts, dont plus de 1.800 depuis le début de la trêve, selon l'OSDH.

Au Liban, le président Michel Sleimane s'est dit opposé à ce que son pays devienne "une base militaire contre la Syrie", affirmant vouloir être "neutre" vis-à-vis du conflit qui a entraîné des heurts confessionnels meurtriers au Liban.

Le Koweït a annoncé pour sa part une réunion samedi des ministres arabes des Affaires étrangères consacrée à la crise syrienne.

© 2012 AFP
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