Le cessez-le-feu est entré en vigueur en Syrie, mais reste fragile

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Publié le 13 avril 2012.

CRISE - L'opposition et la communauté internationale redoutent un retour des violences ce vendredi...

Un calme relatif. Le cessez-le-feu négocié en Syrie par le médiateur international, Kofi Annan, est entré en vigueur ce jeudi matin à 3h GMT (5h à Paris). Aucun combat n'a été signalé depuis lors, mais ce calme apparent ne convainc guère les opposants au régime de Bachar al-Assad et les puissances occidentales qui doutent de la sincérité du pouvoir syrien.

>>Quel est le rôle de l'ONU dans cette crise? Pour lire notre décryptage, c'est par ici

«Plus de deux heures se sont écoulées, et la situation est totalement calme à travers le pays», constatait en début de matinée Rami Abdulrahman, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne. A Damas, la capitale, aucun trouble n'a été constaté, rapporte un activiste. Cependant, il n’y a aucun signe de retrait des troupes syriennes des centres urbains en dépit des engagements de Damas, selon l'opposition.

Une nouvelle mission d'observateurs de l'ONU?

A Homs, un militant de l'opposition a indiqué à Reuters que «les snipers, les chars et les soldats sont toujours là (...) Les gens sont prudents, ils pensent que ce cessez-le-feu n'est que temporaire et personne ne sort de chez lui». Rendant compte de sa mission aux membres du Conseil de sécurité, Kofi Annan a en conséquence demandé ce jeudi après-midi l'aide du Conseil de sécurité pour obtenir de Damas le retrait des soldats et armes lourdes déployés dans les zones urbaines, rapportent des ambassadeurs.

Son successeur à la tête du secrétariat général des Nations unies, Ban Ki-moon, a souligné pour sa part qu'il appartenait au gouvernement syrien de tenir ses engagements. Le représentant permanent de la Russie aux Nations unies, Vitali Tchourkine, a évoqué un vote possible, vendredi, d'une résolution du Conseil de sécurité autorisant l'envoi en Syrie d'observateurs de l'ONU non armés.

De son côté, son homologue chinois, Li Baodong, a déclaré: «Nous soutenons pleinement le plan en six points de Kofi Annan et nous croyons que le cessez-le-feu est très important, tout comme le retrait des troupes gouvernementales des villes et agglomérations, (...) très, très important.»

Vendredi, premier test majeur de la sincérité du pouvoir

Le porte-parole du gouvernement, Djihad Makdissi, a réaffirmé que Damas était «pleinement engagé» dans le succès du plan de paix préparé par Kofi Annan. Mais le Conseil national syrien (CNS), en exil, craint que le régime ne renoue avec la répression dès les manifestations prévues vendredi, journée des grandes prières hebdomadaires. «Il n'existe aucune preuve d'un retrait significatif», a déclaré à Genève Basma Kodmani, la porte-parole du Conseil national syrien (CNS) en exil.

«Ce cessez-le-feu n'est que partiellement observé. Il est clair pour nous qu'il impliquait le retrait de toutes les armes lourdes présentes dans les villes et les zones peuplées. Cela ne s'est pas produit», a-t-elle poursuivi. Pour Burhan Ghalioun, président du CNS contacté par téléphone, la journée de vendredi sera le premier test majeur de la sincérité du pouvoir. «Nous verrons demain si le gouvernement tient son engagement et tout en appelant le peuple syrien à manifester avec force, nous lui demandons d'être prudent parce que le régime ne respectera pas le cessez-le-feu et va ouvrir le feu», a-t-il dit.

«Très haut degré de suspicion mutuelle»

La sincérité du pouvoir syrien est également mise en doute par les puissances occidentales. Le général norvégien Robert Mood, qui a passé la semaine à Damas pour discuter du déploiement d'une mission d'observateurs de l'ONU, s'est dit «prudemment optimiste», et a insisté sur le «très haut degré de suspicion mutuelle» qui existe entre les parties syriennes.

Les diplomates, Ban Ki-moon et Kofi Annan en tête, s'accordent également à dire que la trêve est très fragile compte tenu du fossé qui s'est creusé entre les parties syriennes. La France a souligné, par le biais de sa délégation permanente aux Nations unies, que ce cessez-le-feu était «un pas positif qui doit être suivi de très près».

Attaque «terroriste»

Ce jeudi, les forces de sécurité syriennes ont abattu un homme recherché dans la province de Hama après son refus de s'arrêter au point de contrôle, ont annoncé des opposants. Si l'information était confirmée de source indépendante, cet homme, tué six heures après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, serait la première victime signalée depuis l'entrée en vigueur de la trêve.

De plus, le régime de Bachar al-Assad avait assuré à Kofi Annan qu'il respecterait le cessez-le-feu tout en se réservant un droit de riposte en cas d’attaque terroriste visant les forces gouvernementales. Djihad Makdissi a répété ce jeudi matin que le régime n'avait «aucune raison de briser le cessez-le-feu», puisqu'aucune attaque n'avait visé ces forces. Cependant, ce jeudi en début d’après-midi, les autorités syriennes ont accusé des insurgés d'avoir rompu le cessez-le-feu en faisant exploser une bombe au passage d'un car militaire à Alep, où un officier a été tué et 24 officiers et cadets de l'armée blessés.

Une autre bombe a explosé dans la province d'Idlib, et un membre du Parti Baas a été assassiné à Deraa, berceau de la contestation, selon l'agence officielle de presse Sana. Du côté des opposants, le Conseil national syrien (CNS) rapporte que trois personnes au moins ont été tuées depuis le début de la trêve.L es autorités syriennes ayant restreint l'accès aux journalistes étrangers, aucune confirmation indépendante n'était possible.

Bérénice Dubuc avec Reuters
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