Fondée en 1945 sur les ruines de la Société des Nations, l’institution œuvre depuis pour maintenir la paix dans le monde. Acteur incontournable, l’organisation semble être à la peine pour régler la crise syrienne. Interrogé par 20 Minutes, Yves Boyer, directeur adjoint de la fondation pour la recherche stratégique, apporte son éclairage.
L’ONU, c’est un lieu central. C’est à l’assemblée générale que se retrouvent les 193 États reconnus par l’organisation. C’est là qu’on échange et discute, notamment sur la situation en Syrie. L’ONU peut ensuite décider d’envoyer des émissaires sur le terrain ou nommer une personnalité, pour qu’elle monte une mission. C’est ce qui s’est passé avec le plan de Kofi Annan.
Oui, le plan c’est un peu le rêve d’une idée qui pourrait se concrétiser. Mais l’ONU n’a pas les moyens de contraindre à l’application d’un plan. C’est donc un jeu cynique auquel on assiste actuellement. L’organisation est dans une partie d’échec compliquée, qui la paralyse.
Parce que cette affaire va bien au-delà du simple aspect humanitaire, il y a un enjeu géopolitique énorme. Les Russes vendent des armes aux Syriens, les Turcs ont une position ambigüe sur l’avenir des Kurdes de Syrie… En filigrane, il faut y voir également une lutte d’influence entre l’Arabie saoudite et l’Iran.
La seule possibilité de contrainte, c’est qu’une résolution soit votée par le Conseil de sécurité, sans que l’un des cinq membres permanents (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine) ne pose son veto. Le chapitre 8 de la Charte des Nations unies rend ainsi possible le recours à la force. Mais dans la situation actuelle en Syrie, personne ne bougera. Le risque de voir s’embraser le Proche-Orient est trop fort.
Il y aura de nouvelles discussions, de nouvelles résolutions… Peut-être même un nouveau plan Annan. Mais je ne crois pas qu’un État sera prêt à proposer l’usage de la force contre la Syrie.
Il ne faut pas blâmer l’ONU. Malheureusement, la réalité internationale montre que tout ne s’organise pas autours des droits de l’homme. Et l’ONU peut être instrumentalisée par les Etats, voire prise en sandwich entre des intérêts contradictoires. Mais ce qui est sûr, c’est que si l’ONU n’existait pas, la société internationale serait en bien moins bonne santé qu’elle ne l’est actuellement.