Le Croissant-Rouge syrien a commencé à évacuer des femmes et des enfants du quartier de Baba Amro, soumis depuis trois semaines à d'intenses bombardements de l'armée syrienne qui tente de reprendre la ville de Homs aux opposants à Bachar al-Assad, a annoncé vendredi une porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge, sans pouvoir préciser si les journalistes étrangers blessés à Homs, dont la Française Edith Bouvier, font partie des personnes secourues.
Cette avancée sur le plan humanitaire coïncide avec une conférence internationale, tenue vendredi à Tunis, des «Amis de la Syrie» -une cinquantaine de pays arabes et occidentaux. La Ligue arabe y a réclamé l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU appelant à un cessez-le-feu en Syrie, tandis que le Qatary plaidait pour la constitution d'une «force arabe» et que l'Arabie saoudite soutenait l'idée d'armer les insurgés.
«Cette conférence devrait prendre des décisions pratiques et donner la priorité à une résolution urgente du Conseil de sécurité sur un cessez-le-feu», a déclaré Nabil Elarabi, secrétaire général de la Ligue arabe.
La dernière tentative visant à impliquer le Conseil de sécurité dans la crise syrienne a tourné court le 4 février, lorsque la Russie et la Chine ont opposé leur veto à un projet de résolution qui aurait appuyé un plan de l'organisation panarabe. Cet échec a conduit à la création des «Amis de la Syrie», dont la conférence de Tunis était la première réunion.
Le Qatar, par l'intermédiaire de son chef de la diplomatie, a plaidé pour la mise en place d'une force arabe capable de rétablir la paix dans le pays. «Il faut créer une force arabe et ouvrir des couloirs humanitaires pour apporter la sécurité au peuple syrien», a déclaré cheikh Hamad bin Jassim al-Thani, lors de son discours.
Des sources au sein de l'opposition syrienne ont indiqué que les pays occidentaux et d'autres puissances fermaient les yeux sur des achats d'armes réalisés à l'étranger par des exilés syriens pour le compte de l'Armée syrienne libre (ASL). «Nous acheminons des armes défensives et offensives. Elles viennent de partout, même de pays occidentaux, et ce n'est pas difficile de leur faire passer les frontières», a dit une de ces sources.
Mais les opposants syriens regroupés dans le Conseil national syrien (CNS) souhaitent que leurs soutiens à l'étranger arment les combattants de l'Armée syrienne libre. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, a jugé qu'armer les opposants était «une excellente idée parce qu'ils doivent se protéger», lors d'un entretien bilatéral avec Hillary Clinton. Pour l'heure, les capitales occidentales n'envisagent pas de franchir le pas de peur de précipiter la Syrie dans une guerre civile ouverte, même si la Maison blanche n'a pas écarté en début de semaine «des mesures additionnelles».
Sur le plan des pressions économiques, l'Union européenne a décidé de renforcer ses sanctions et gèlera les avoirs de la Banque centrale de Syrie à partir de lundi prochain, a annoncé Alain Juppé. «Face aux crimes contre l'humanité qu'il (le régime) commet, il est du devoir de la communauté internationale de renforcer la pression sur le régime syrien. C'est tout le sens de notre réunion d'aujourd'hui», a ajouté le ministre français des Affaires étrangères.
Signe de la pression croissante exercée sur Damas, la Turquie a annoncé qu'elle accueillerait la prochaine conférence des «Amis de la Syrie». Sur le terrain, l'armée syrienne n'a pas relâché la pression qu'elle exerce sur la ville de Homs. Des tirs d'artillerie visant le quartier de Bab Amro ont fait cinq morts vendredi, selon des militants.